Découverte d’une archive royale hittite à Šamuha
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Le site de Kayalıpınar, en Anatolie centrale, non loin de la ville moderne de Sivas, a été identifié avec l’antique ville de Šamuha, qui a accueilli la cour hittite en exil au 14e siècle av. J.-C. Ces deux dernières saisons, 184 tablettes cunéiformes appartenant aux archives royales ont été découvertes à Kayalıpınar.
Ce site, exploré depuis 2004, s’étend sur au moins 40 hectares et sa première occupation remonte au paléolithique. Il a ensuite été habité depuis le chalcolithique jusqu’à la période byzantine. À partir de 2005, une mission turco-allemande explore les niveaux de l’Âge du Bronze de manière non continue. Le site est identifié à l’antique Šamuha en 2015 par la découverte d’une tablette mentionnant des offrandes à trois divinités de la ville. Une nouvelle équipe turque a repris les fouilles en 2022 sous la direction de Çiğdem Maner, professeure à l’Université de Koç (Istanbul).
Les archéologues fouillents à Kayalıpınar (septembre 2025)
Au début du IIe millénaire av. J.-C. Šamuha fait partie du réseau de comptoirs commerciaux des Assyriens en Asie mineure, située à 140 kilomètre de Kaneš (moderne Kültepe) [2] au cœur de ce réseau. Tout d’abord centre secondaire au 19e siècle, il prend de l’importance au 18e siècle, avec une assemblée locale d’assyriens. La présence des marchands d’Assur à Šamuha a été confirmée par la découverte, en 2025, d’une lettre mentionnant un prêt courant depuis l’année de l’éponyme Dan-Ea (ca. 1838 av. J.-C.).
Nous ne savons pas grand-chose de cette ville au début de la période hittite. Plusieurs divinités sont révérées dans ce centre culturel et religieux, dont la déesse Šawuska. Sous le règne de Tudhaliya II, alors que le souverain mène une campagne à l’ouest, les Kaška s’emparent de la capitale hittite, Hattuša [3], et la mettent à sac. Le souverain se réfugie avec sa famille à Šamuha, qui devient temporairement la capitale hittite. C’est de là que Šuppiluliuma Ier [4], au milieu du 14e siècle, mène campagne pour reconquérir Hattuša.
Les 53 tablettes cunéiformes découvertes en 2025 [5] et 131 exhumées à l’été 2026 [6] par l’équipe turque représentent donc les archives royales de la cour en exil sous Tudhaliya II. Parmi ces tablettes rédigées en hittite et en hourrite, l’une relate une épidémie qui décime nourrissons et jeunes enfants [7], dont une princesse encore au sein, et pour laquelle des rites funéraires sont organisés.
Quelques tablettes de la chancellerie hittite découvertes en 2025 et 2026 à Kayalıpınar.
Plusieurs textes relèvent du corpus des présages basés sur l’observation du vol des oiseaux, et décrivent le travail des prêtres-devins chargés d’interpréter ces signes envoyés par les dieux. Ces oracles sont souvent en lien avec les opérations militaires. Parmi les tablettes découvertes figure aussi une lettre envoyée par des généraux hittites qui réclament de manière urgente au roi Tudhaliya II soldats, chars et chevaux pour contrecarrer l’attaque ennemie à l’ouest du territoire hittite.
Les archéologues ont aussi découvert plusieurs dizaines d’empreintes de sceaux appartenant à des rois hittites, tels ceux de Hattušili III et de Tudhaliya IV, ainsi qu’à la famille royale et à des administrateurs. Ces sceaux ont servi à authentifier des transactions et des documents officiels.
Une fois déchiffrées et analysées par une équipe internationale de chercheurs, ces tablettes vont apporter des éléments importants pour l’histoire des Hittites au 14e siècle. Il est fort probable que d’autres tablettes datant du début du IIe millénaire vont également faire surface dans les prochaines années sur le site et éclaireront la place de Šamuha dans le réseau commercial assyrien.
