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De la santé à l’énergie en passant par l’informatique ou la chimie, les recherches menées dans les labos trouvent régulièrement des prolongements dans le monde socio-économique. Découvrez sur ce blog des exemples de valorisation des recherches menées au CNRS, une des institutions les plus innovantes au monde.

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Des innovations pour la cosmétique
17.10.2018, par François Seguy
Alors que se tient cette semaine à Paris le salon international Cosmetic 360, dédié aux innovations dans ce secteur, voici un petit échantillon des recherches menées dans ce domaine par des équipes du CNRS.

Organisé par le pôle de compétitivité Cosmetic Valley avec une participation du CNRS, le Salon Cosmetic 360 met en lumière les besoins d’une industrie qui ne connaît pas la crise avec 200 milliards d’euros de chiffre d’affaireS au niveau mondial, et une croissance de 4 % par an. « C’est aussi une industrie fortement basée sur l’innovation, avec 3 % du chiffre d’affaireS réinvestis en R&D. Les acteurs français ont de nombreuses cartes à jouer entre les grands groupes du luxe et un tissu de 1 500 entreprises, représentant un chiffre d’affaires global de 20 milliards d’euros » , indique Benjamin Morlon, chargé d’affaires au département de transfert technologique CNRS Innovation.
 
« À tous ces acteurs, les nombreuses recherches menées au CNRS ont beaucoup à apporter », ajoute-t-il, rappelant qu’en 2015 avait d’ailleurs été formé un groupement de recherche (GDR) Cosm’actifs fédérant les efforts de 48 équipes. Car dans le domaine de la cosmétique, le CNRS compte aujourd’hui un portefeuille de plus de 130 familles de brevets coexploités avec des industriels, ou en attente d’exploitation, sur des thématiques qui correspondent aux problématiques actuelles de l’industrie : comprendre les mécanismes fondamentaux à l’œuvre dans la peau, développer de nouveaux principes actifs durables, ou encore trouver des formulations innovantes. « Ces partenariats public-privé peuvent être de différentes natures : de la prestation de service ponctuelle à des contrats de collaboration ou à  des formats plus ambitieux et intégrés comme les laboratoires communs. Les résultats obtenus en commun durant ces travaux de recherche sont l’objet d’une propriété intellectuelle partagée, dont l’exploitation industrielle générera des revenus pour le CNRS, ses laboratoires et ses équipes », souligne Benjamin Morlon.

Lutter contre le vieillissement, toujours une priorité
Au sein du Laboratoire de biologie tissulaire et d’ingénierie thérapeutique 1, la chercheuse Patricia Rousselle s’intéresse par exemple aux mécanismes de régénération de la peau dans le cas de la cicatrisation des plaies ou du vieillissement. Plus précisément, elle étudie les protéines dites « de la matrice extracellulaire », un groupe de protéines qui entourent les cellules à la façon d’un manteau, et qui joue un rôle fondamental dans leur renouvellement. « Sur ces grandes protéines, nous avons identifié des zones “cibles” très réduites mais très intéressantes. Lorsque ces cibles sont accessibles, elles jouent un rôle prépondérant dans le renouvellement de la cellule en réaction aux signaux de l’environnement extérieur », raconte Patricia Rousselle.

Ces résultats intéressent tout particulièrement les industriels : « Nous les aidons à entrer dans ce monde de l'infiniment petit pour identifier ces cibles afin qu’ils puissent par la suite développer des produits permettant une stimulation ou une régénérescence des cellules », poursuit la biologiste. Des brevets déposés sur ces mécanismes en copropriété avec BASF ou les laboratoires d’Anjou sont à l’origine de plusieurs produits déjà commercialisés ou à venir. « Outre le côté valorisant de voir le résultat de nos recherches appliqué, je constate aussi que les industriels se posent des questions de plus en plus fondamentales sur les mécanismes biologiques, ce qui permet de diversifier les recherches que nous menons par ailleurs​ », se félicite Patricia Rousselle.
 
Des composés plus verts
Une problématique connue de l’industrie cosmétique consiste à renouveler ses composés actifs. Dès 2006, les travaux d’Isabelle Rico-Lattes, directrice de recherche CNRS au laboratoire Interactions moléculaires et réactivité chimique et photochimique2 sur les principes actifs dits « amphiphiles » ont été à l’origine de la mise sur le marché (en partenariat avec les laboratoires Pierre Fabre) de la gamme Trixeira de la marque Avesne, destinée notamment au traitement de l’eczéma. Les composés amphiphiles ont la particularité d’interagir avec l’organisme en s’entourant à la fois d’eau et de lipides, devenant tout à la fois un principe actif et leur propre contenant, avec des procédés de chimie verte.

Des travaux avant-gardistes : « la recherche d’actifs biosourcés et plus respectueux de l’environnement répond à une attente sociétale forte, certains composés issus de la chimie traditionnelle n’étant plus désirables aux yeux des consommateurs », pointe Benjamin Morlon. C’est sur ces problématiques que se concentre également Richard Daniellou à l’Institut de chimie organique et analytique3 : « Nous cherchons à obtenir des actifs grâce à l’action d’enzymes synthétisées par des bactéries. Ces réactions sont durables : elles se déroulent dans un milieu aqueux et ne nécessitent pas de procédés à haute température ni de purification chimique », résume le biochimiste.

Chaîne de fabrique de savon liquide.
Chaîne de fabrique de savon liquide.

Tout l’enjeu est ensuite d’exploiter efficacement ces enzymes, qui s’attaquent à des substrats naturels comme le sucre pour générer une variété de molécules nouvelles. « En étudiant un grand nombre de réactions inconnues avec un grand nombre d’enzymes, nous obtenons des banques de molécules pouvant révéler des intérêts industriels en tant qu’agents hydratants, gels, agents de pigmentation, etc. », poursuit Richard Daniellou.

Mais le produit cosmétique ne s’arrête pas au principe actif. Deux axes de recherche lui sont complémentaires : la formulation, c’est-à-dire la « dilution » du composé actif au sein d’autres ingrédients sous différentes formes —crèmes, gels, huiles— afin de préserver durablement ses propriétés, et sa vectorisation, qui permet de le délivrer au plus près de la cible pour un effet maximal. À cet égard, les chercheurs du Laboratoire de chimie des polymères organiques (LCPO)4 ont co-déposé des brevets avec le centre technique espagnol Cidetec sur une nouvelle catégorie de tensioactifs à base de polypeptides capables de stabiliser des émulsions qui s’adaptent à l’état de la peau.

« Le rôle des tensioactifs est de maintenir l’interface entre la phase aqueuse et la phase grasse des émulsions qui constituent toutes les crèmes. Par exemple dans la mayonnaise, les tensioactifs sont apportés par les lipides du jaune d’œuf et font l’interface entre l’eau et l’huile », schématise le directeur du Laboratoire, Sébastien Lecommandoux. Les tensioactifs que nous avons développés ici sont capables de réagir avec l’acidité des couches externes de la peau, qui varie selon l’état de cette dernière. Concrètement, cela permet de créer des émulsions qui se cassent au niveau des zones cutanées sensibles, en raison de leur pH particulier, pour libérer localement un composé réparateur. » Des brevets si prometteurs qu’une coentreprise CNRS / Cidetec est en cours de création pour en assurer l’exploitation.

L’enjeu des formulations est tel qu’un laboratoire commun entre le LCPO et L’Oréal a également été inauguré en janvier 2018. « Le but est de trouver des formulations plus naturelles et durables, tout en préservant la performance des produits, voire en l’améliorant », souligne Sébastien Lecommandoux. Son équipe a déjà publié des résultats dans la revue Nature sur une formulation à base de deux polymères, une protéine et un polysaccharide biosourcé, dont la combinaison forme des particules spécifiques à certains récepteurs biologiques des cellules de la peau. « Ces particules permettent de véhiculer le composé actif vers les zones irritées, ce qui permet d’imaginer des cosmétiques personnalisés selon les caractéristiques de la peau. » Pour le chercheur, la force de frappe de L’Oréal constitue par ailleurs un atout : « Nous travaillons avec la branche recherche du groupe. Les orientations, que nous définissons ensemble, sont donc tout à fait compatibles avec nos axes propres de recherche fondamentale. »
 

Notes
  • 1. Unité CNRS / Université Lyon 1
  • 2. IMRCP, Unité CNRS / Université Toulouse 3
  • 3. ICOA, Unité CNRS / Université d’Orléans.
  • 4. LCPO, Unité CNRS / Université de Bordeaux / Bordeaux-INP.

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