Donner du sens à la science

A propos

Le 28 mai 2016, la goélette scientifique Tara quitte son port d’attache de Lorient pour sillonner l’océan Pacifique sur près de 100 000 km afin d'étudier la biodiversité des récifs coralliens et leur évolution. Suivez sur ce blog cette formidable aventure scientifique, soutenue notamment par le CNRS, et jour après jour sur le site de Tara  et sur sa page facebook.

 

A la une

Un bilan des sites étudiés entre Tahiti et Wallis
11.01.2017, par Pierre de Parscau (1438)
En novembre 2016, Maren Ziegler a embarqué depuis le port de Papeete comme chef scientifique à bord de la goélette Tara. Arrivée dans l’archipel de Wallis et Futuna, elle dresse le bilan de cette aventure durant laquelle Tara aura traversé les îles de Aitutaki, Niue et des Samoa.

Après cinq semaines de navigation entre Tahiti et Wallis, quel est le bilan des sites que vous avez étudiés ?
Maren Ziegler :
La mission était très rodée, nous étions sur un parcours où il nous fallait trouver les mêmes espèces et suivre les mêmes procédures chaque jour comme c’est le cas sur toute l’expédition. Il a été parfois très difficile de travailler, les conditions climatiques n’étaient pas toujours bonnes autour des îles. Nous avons commencé à Moorea sur des sites assez connus et assez riches en coraux alors qu’en arrivant à Aitutatki, dans l’archipel des îles Cook, nous avons eu une grosse déception. Quand nous sommes arrivés, nous avons découvert que la plupart du récif était mort et nous avons eu beaucoup de mal à trouver des sites de prélèvement.  Niue était également assez méconnu mais cela a été une belle surprise pour nous : malgré le tsunami qui avait dévasté l’île en 2009, nous avons en fait trouvé pas mal de diversité, un bon recouvrement corallien et des zones abîmées qui sont en train de se reconstruire. La rencontre avec les serpents de mer lors de nos plongées restera un souvenir fort.
Notre dernière station aux Samoa nous a complètement dévastés car nous avons exploré 83 kilomètres de côtes et il a été très difficile de trouver des sites avec un bon recouvrement corallien et les espèces que nous étudions avaient pour la plupart disparues. C’est une zone très isolée qui n’est pas très étudiée et les insulaires n’ont pas beaucoup de ressources pour accéder et surveiller la situation le long des côtes. Je ne m’attendais pas à une telle situation.

Maren Ziegler devant les côtes de Moorea.
© Pierre de Parscau/Fondation Tara Expéditions

Existe-t-il des moyens pour les habitants de ces îles de changer cette situation ?
M.
Z. :
Je crois que cela dépend des cas. Dans celui des Samoa, nous avons observé certains sites où le corail semble revenir et nous préparons un rapport que nous enverrons aux autorités locales. Cela pourrait les pousser à protéger ces zones fragiles en contrôlant la pêche et l’impact humain sur ces secteurs.  Nous avons aussi remarqué que la qualité de l’eau dans ce lagon n’était pas très bonne et que l’impact de l’homme était important. Beaucoup de choses peuvent être faites localement mais à une échelle beaucoup plus large, ces îles ne peuvent rien face à l’augmentation des cyclones, sauf faire entendre leur voix sur le plan international.

À quels défis avez-vous été confrontée dans votre poste de chef scientifique à bord ?
M.
Z. :
Cela aurait pu être un vrai défi mais chacun a travaillé ensemble et dans le même sens. Le début était délicat car les scientifiques ne savaient pas trop à quoi s’attendre et n’avaient pas encore une grande préparation mais à la fin nous avons réussi à nous ajuster et ça a été un plaisir de travailler avec l’ensemble de l’équipe scientifique à bord.

Maren Ziegler entourée de l'équipe scientifique « corail » en plein protocole d'échantillonnage après les prélèvements de la matinée aux Samoa.
© Pierre de Parscau/Fondation Tara Expéditions

Vous travaillez en ce moment en Arabie Saoudite, quelles sont les différences entre la situation du corail en mer Rouge et dans le Pacifique ?
M.
Z. :
La mer Rouge a longtemps été considérée comme une zone très résistante aux bouleversements climatiques. Mais l’année dernière, nous avons eu une forte augmentation de la température en surface, parfois plus de 34° C, et nous avons observé un important phénomène de blanchissement dans la partie sud de la mer Rouge. Les récifs ont été entièrement impactés même très loin des côtes et de l’influence de l’homme.

Repérage de site sur la côte de Niue.
© Pierre de Parscau/Fondation Tara Expéditions

Quelle est la prochaine étape pour vous sur Tara ?
M.
Z. :
J’adorerais revenir à bord et j’espère qu’il y aura encore une place pour moi durant cette expédition (rires). Je suis très curieuse de toutes ces îles du Pacifique, l’année prochaine Tara passera par la Papouasie Nouvelle-Guinée et par l’Indonésie, tous ces endroits seront j’espère fantastiques. 

Interview publiée sur le site de Tara Expéditions

Commentaires

0 commentaire
Pour laisser votre avis sur cet article
Connectez-vous, rejoignez la communauté
du journal CNRS