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Un blog pour y voir plus clair sur le climat et les enjeux de la COP21 (21e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques).
 

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La rédaction de CNRS Le Journal
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La COP21 vue depuis l'Amérique du Sud
06.11.2015, par Sebastián Escalón
Mis à jour le 06.11.2015
Carolina Vera, co-auteur du troisième rapport national sur le changement climatique en Argentine qui vient d'être publié, donne son point de vue sur la situation en Amérique du Sud et sur la façon dont y est perçue la COP21.

   
Quelle sera l’ampleur du changement climatique en Argentine, et plus généralement en Amérique du Sud ?

Carolina Vera : Durant les cinquante dernières années, les températures de cette région ont augmenté de 0,5 à 1°C. Les modèles montrent qu’une augmentation similaire devrait avoir lieu dans les 25 années à venir. Autrement dit, la tendance au réchauffement s’accélère. Pour la fin de ce siècle, l’augmentation des températures moyennes devrait être 2°C et pourrait atteindre 4°C. Ceci devrait entraîner des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. Nous prévoyons aussi une diminution des précipitations dans la région des Andes et une augmentation à l’Est. Ceci sera associé à une plus grande fréquence d’événements extrêmes tels que les pluies intenses et les inondations. Quant à la zone tropicale de l’Amérique du Sud,  la tendance est moins marquée. Il semble qu’il y aura une diminution des pluies, mais celle-ci ne serait pas significative.
 
Quel sera l’impact social et économique de ces modifications climatiques ?
C.V. : Actuellement, ainsi que dans  les projections pour les décennies à venir, l’augmentation des  précipitations  est profitable à l’agriculture. La zone agricole s’étend vers l‘Ouest  et la productivité du soja augmente. Mais ceci ne devrait pas être bénéfique pour toutes les cultures. Le maïs et surtout le blé pourraient être touchés négativement par cette évolution. L’impact le plus fort du changement climatique devrait se faire sentir dans les zones urbaines. En 2013 nous avons connu une très forte vague de chaleur. Buenos Aires s’est retrouvé sans électricité, et il y a eu beaucoup de décès liés à la température. D’après nos modèles, on devrait s’attendre à des événements semblables en moyenne tous les 15 ans, alors que, sans le changement climatique, leur récurrence devrait être de 75 ans  en moyenne.
 
©JUAN MABROMATA / AFP
Avenue bloquée à Buenos Aires, en Argentine, lors d'une manifestation liée à la vague de chaleur de décembre 2013. Des milliers de personnes étaient restées sans électricité tandis que le thermomètre affichait 38°C.
 

Quels sont les principaux axes de recherches suivis en Argentine face au changement climatique ?

C.V. : Notre laboratoire est le plus important quant à l’étude du changement climatique, notamment grâce à la collaboration avec des modélisateurs du CNRS. En ce moment, nous combinons les modèles climatiques et des données sur le changement d’utilisation des sols. En effet, la déforestation et l’avancée de la zone agricole a un impact au niveau du climat local. Par ailleurs, avec des chercheurs en sciences sociales français et argentins, nous travaillons pour évaluer les risques désastres liés aux phénomènes climatiques et les adaptations nécessaires.
 
Pensez-vous que les politiques argentins ont pris conscience du problème ?
C.V. : Cette prise de conscience est en train d’avoir lieu. Par exemple, l’Argentine vient de déployer un système de radars météorologiques pour le  suivi et  la prédiction des grandes tempêtes. Le gouvernement commence à prendre des mesures d’adaptation. Plusieurs villes ont formé un réseau pour faire face au changement climatique et réfléchir aux  adaptations urbaines à mettre en place. La part de l’Argentine aux  émissions mondiales qui contribuent au réchauffement climatique est de moins de 1%. Néanmoins, le pays est parvenu à des accords internes pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Un effort particulier est à faire notamment au niveau de l’efficacité énergétique.
 
Selon vous, quel est le sentiment des climatologues Sud-Américains vis-à-vis de la COP21 ?
C.V. : Il y a toujours des sentiments contradictoires. Certains sont plutôt optimistes et d’autres pessimistes. Pour ma part, je suis plutôt optimiste. Certes, je ne pense pas que l’accord pris lors de la  COP21 permette une réduction des émissions suffisante pour rester en deçà des 2°C d’augmentation de la température globale. Mais je pense que cette conférence sera différente. Les contributions volontaires de réduction des émissions de gaz à effet de serre annoncées par plusieurs pays, dont l’Argentine (1), sont notamment une avancée pour résoudre le problème.

 
Spécialiste de la modélisation climatique, Carolina Vera est directrice de l’Institut franco-argentin d'études sur le climat et ses impacts (IFAECI, Unité CNRS/CONICET/UBA) et vient d'être élue vice-présidente du groupe I du GIEC (celui qui étudie la physique du climat).

(1) L'Argentine s’est engagée sur une réduction sans condition de 15% de ses émissions, et de 30% si elle obtient un financement international suffisant.

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Photo de une : À l'occasion de la COP20, 700 enfants péruviens s'étaient rassemblés en décembre 2014, à Lima, pour former l'image d'un arbre sous la bannière "Le monde que nous voulons".

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