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Du 1er juillet au 22 septembre, le CNRS présente ses archives aux Rencontres d’Arles, à travers une grande exposition photo intitulée «La saga des inventions. Du masque à gaz à la machine à laver - Les archives du CNRS». Ce blog en est l'émanation.

Les auteurs du blog

Luce Lebart
Historienne de la photographie, commissaire de l'exposition

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Des inventions signées Jean Perrin
20.06.2019, par Luce Lebart
Du clairon à air comprimé au géophone, découvrez les photos d’archives des innovations mises au point par Jean Perrin, physicien qui sera à l’origine du CNRS. Ces images et bien d’autres seront présentées cet été aux Rencontres d’Arles, dans le cadre de l’exposition La saga des inventions coproduite par le CNRS en partenariat avec les Archives nationales.

Mobilisé comme officier du génie pendant la Première Guerre mondiale, le physicien Jean Perrin, futur prix Nobel et créateur du CNRS en 1939, met au point plusieurs innovations en matière d’amplification et de détection du son. Il dotera l’armée française d’un ensemble d’appareils d’écoute permettant la localisation d’avions et de sous-marins ainsi que le repérage souterrain.
 
Sa première invention est un clairon à air comprimé portatif amplifiant le son naturel de l’instrument. Jean Perrin est alors sous-chef adjoint du Cabinet technique de la Direction des inventions intéressant la Défense nationale, une position qu’il occupe depuis la création de cette Direction, le 13 novembre 1915. Cette Direction visait à assurer « la mobilisation scientifique et technique ». Elle englobait la Commission supérieure des inventions créée en août 1914, quelques jours après l’entrée en guerre de la France.
 
Clairon de tranchée
 
Surnommé « trompette Perrin » ou « liaison acoustique », ce clairon permet d’augmenter la portée du son en remplaçant le souffle humain par un mécanisme envoyant de l’air stocké sous pression dans des bouteilles portatives.


Trompette de tranchée, 1916-1918, tirage gélatino-argentique, Archives nationales, 398AP/40.

L’instrument, dit d’ordonnance, sert originellement à transmettre des ordres militaires. Ses sons et sa tonalité en si bémol, facilement reconnaissables, sont utilisés pour signifier des injonctions comme « garde à vous », « commencez le feu », « l’appel », « le rassemblement », « à la soupe », « aux caporaux », « au courrier ». D’une portée de plusieurs kilomètres, le clairon de Jean Perrin est utilisé avec succès lors de la reprise du fort de Douaumont.
 
Savamment mises en scènes, les photographies montrent un personnage posant dans une tranchée, le clairon à l’affût, comme s’il s’agissait d’une arme prête à tirer alors qu’il s’agit en réalité d’un instrument de musique « augmenté ».  Cette mise en scène relève d’un imaginaire cinématographique légèrement exagéré et aux limites du comique, ce qui est plutôt inattendu de la part d’une documentation à la fois militaire et scientifique.


Liaison acoustique, 1916-1918, tirage gélatino-argentique, Archives nationales, 398AP/40.

Ecoute sous-marine
 
Outre cet instrument d’amplification du son, Jean Perrin développa plusieurs dispositifs de détection sonore dont certains modèles destinés au repérage des mines, et d’autres dédiés à l’écoute sous-marine. Ces dispositifs ressemblent à des stéthoscopes géants. Ils sont en réalité adaptés à la détection des sons souterrains, tels ceux des galeries de mines. Jean Perrin commença ses recherches sur la détection du son en 1915. En janvier 1917, il présente trois modèles, dont un premier appareil pesant 4 kilogrammes, et deux autres plus réduits mais affichant la même sensibilité. Des prises de vue complémentaires montrent des détails de l’appareil définitif mis en série sous le nom de « géophone » et pesant 500 grammes.


Écoute de mine de Jean Perrin, circa 1917, tirage gélatino-argentique, Archives nationales, 398AP/38.

Toujours en 1917, Perrin met au point le myriaphone et le télésitemètre, dit « écouteur Perrin ». Ces dispositifs reposent sur le principe de l’écoute binauriculaire : des cornets géants, telles de grandes oreilles, captent l’énergie sonore s’engageant dans un tuyau. Testées à la Direction des inventions, ils donneront lieu à tout un ensemble d’images fixes et animées.

 
A voir :
L’exposition La saga des inventions. Du masque à gaz à la machine à laver, les archives du CNRS, coproduite par les Rencontres d’Arles et le CNRS, en partenariat avec les Archives nationales est à voir à Arles à l’espace Croisière :
1 juillet - 22 septembre. 10H00 - 19H30
https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/view/780/la-saga-des-inventions

A lire :
Le livre « Inventions 1915-1938 » est disponible chez RVB BOOKS : https://rvb-books.com/

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