Donner du sens à la science

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Du 1er juillet au 22 septembre, le CNRS présente ses archives aux Rencontres d’Arles, à travers une grande exposition photo intitulée «La saga des inventions. Du masque à gaz à la machine à laver - Les archives du CNRS». Ce blog en est l'émanation.

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Luce Lebart
Historienne de la photographie, commissaire de l'exposition

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Quid de l’œuf ou de la poule ?
09.07.2019, par Luce Lebart

22 décembre 1923. Un personnage en col blanc et costume sombre regarde intensément un œuf dans un coquetier qu’il tient à la main. Nous sommes à Bellevue (Meudon), près de Paris, dans les locaux de l’Office nationale de la recherche scientifique et industrielle et des inventions (ONRSII), plus précisément, dans le studio de prise de vue du docteur Jean Comandon, spécialiste de microcinématographie et opérateur cinéma et photo de l’Office depuis 1920.

« Qu’est-ce qui est apparu en premier, l’œuf ou la poule ? », semble interroger l’homme photographié. Initié par Aristote, le débat sur le paradoxe de l’œuf et la poule est ancien. Selon le philosophe grec : « Il ne pouvait y avoir un premier œuf pour faire naître un oiseau, ou il y aurait eu un premier oiseau pour faire un œuf, puisque les oiseaux viennent des œufs. » De Thomas d’Aquin à Diderot en passant par Darwin, ce questionnement n’a cessé de faire rage … 

Mirœuf de Victor Mendel, 22 décembre 1923, plaque de verre au gélatino-bromure d’argent.
Mirœuf de Victor Mendel, 22 décembre 1923, plaque de verre au gélatino-bromure d’argent.
En réalité et en regardant l’image de plus près, on s’aperçoit que ce n’est pas l’œuf que scrute le personnage mais un cercle noir situé sur le socle du coquetier. Le titre du cliché le confirme: il s’agit d’un miroeuf, une invention proposée par Victor Mendel et exposée au Salon des appareils ménagers de 1923 et 1924, un événement annuel crée par Jules-Louis Breton, directeur de l’ONRSII.
 
Grâce au miroeuf, « il est possible de se rendre compte instantanément du degré de fraicheur d’un œuf », peut-on lire dans la revue Recherches et inventions. En aluminium, le coquetier contient un miroir légèrement incliné qu’une ouverture circulaire permet de visualiser ? C’est cette ouverture que regarde l’observateur photographié par Comandon. Le principe proche de celui de l’appareil photographique, est le suivant :   L'oeuf « est traversé par des rayons lumineux qui viennent frapper le miroir » et « le degré de fraîcheur est indiqué par la clarté de l'œuf ». 
 
L’image est à la fois démonstrative et publicitaire. Elle montre comment se servir de l’ustensile tout en le valorisant à la fois à travers la composition et l’éclairage. Le fond noir fait ressortir l’oeuf et son coquetier de métal et le jeu d’éclairage dramatise, ou du moins, intensifie la prise de vue. 

 

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du journal CNRS