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En plus de gérer le patrimoine audiovisuel du CNRS (vidéothèque et photothèque), nous produisons des films et reportages photo pour mettre à l'honneur la recherche française.

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L'image de Science se raconte
28.08.2015, par Nicolas Baker
Mis à jour le 19.04.2016
Notre série d'été publiée en six volets avec notre partenaire Le Monde. Elles sont graphiques, parfois colorées, souvent énigmatiques : les images scientifiques ne cessent d’impressionner par leur beauté. Or celles et ceux qui produisent ces images ne sont ni artistes, ni photographes mais bien des scientifiques.

Notre série d'été, diffusée en partenariat avec LeMonde.fr, s'intéresse à six images de microscopie qui dévoilent le monde de l’infiniment petit. Tout en poésie, les vidéos racontent surtout le contexte de leur création et les interrogations de leurs créateurs face à la beauté accidentelle, ou non, de leur travail.
Jean-Marc Serelle, auteur/réalisateur de la série 20 regards sur l’infiniment petit* répond à nos questions.

Épisode 01 - Le chercheur devenu artiste par CNRS

Les yeux de la Science : Quel est le but de cette série ?
Jean-Marc Serelle : Je me pose constamment une question par rapport à la Science : comment rester objectif ? La Science se veut pur calcul, pure analyse, pur raisonnement. Or on reste humain ! Où se glisse la part de subjectif ? Et c’est là toute la difficulté, pour les scientifiques. L’image n'est pas le but premier. Le but, c'est faire de la Science. Quant à la Science, son but, c'est l'objectivité. Face à une belle image, le scientifique est donc face à une difficulté : faut-il échapper à la beauté ou au contraire s'y soumettre ?

Épisode 02 - Juste une forêt impénétrable par CNRS

D’où viennent ces histoires racontées dans les vidéos ?
J-M S. : Je me suis entretenu longuement avec chaque scientifique. Je voulais débusquer ce qui s'était passé pour chacun d’eux au moment où ils ont créé leur image. Je voulais être le filtre de leurs sentiments. À chaque histoire, je rapporte leur quête parfois très longue, leur questionnement, leur étonnement, leur satisfaction d’artisan. Car certains se considèrent comme des artisans, qui fabriquent de l’utile par l’image.

Épisode 03 - L'enfance de l'art par CNRS

Quel était le rapport des scientifiques que vous avez interrogés à la beauté de leurs images ?
J-M S. : Chaque personne est différente bien sûr. Mais ils ont tous, effectivement, un rapport particulier avec la beauté. Certains scientifiques font de belles images très consciemment, parce qu'ils trouvent que la beauté est utile. D’autres scientifiques ont des questionnements très profonds sur l’origine du beau. Dans un des épisodes, une chercheuse raconte l'instant où elle retrouve, dans un magasin, un luminaire qui ressemble étrangement à du plancton qu'elle avait prélevé dans l'océan. Lors de notre entretien, elle s'interrogeait sur cet étrange parallèle qui existe entre les formes de la Nature et les goûts esthétiques des humains.

Épisode 04 - L'inattendue par CNRS

Est-ce qu’ils voyaient la beauté comme utile à leur recherche ou au contraire à éviter ?
J-M S. : Un d'entre eux m’a expliqué qu’il ne cherchait pas à faire une image belle et envoûtante. Ce qu'il voulait, c'est qu'elle soit très utile scientifiquement. Or cette utilité-là rendait l’image belle. Pour lui, la beauté réside justement dans le fait que l’image apportait de l’information. Une autre chercheuse expliquait que sa plus belle image, c'était toujours la suivante. C'est l'image qui va apporter encore plus de sens à son travail. Dans son cas, la beauté et l’utilité se mélangent. C'est un peu comme un mathématicien qui vous annonce qu'une démonstration ou un théorème est beau. Cette esthétique est difficilement compréhensible pour un simple quidam. Mais certains scientifiques ont accès à cette dimension supplémentaire de la beauté, et ils y sont très sensibles.

Épisode 05 - La beauté de l'imparfait par CNRS

Et pourtant même une personne sans formation scientifique peut apprécier la beauté de ces images de science…
J-M S. : Sans être spécialiste, si on voit une de ces images, on ne pourra pas savoir ce que c’est. C'est très difficile de deviner. Mais tout le monde peut malgré tout apprécier sa beauté. C'est le cas de l'art en général. Je peux me retrouver dans un musée, face à une image qui me bouleverse. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi me bouleverse-t-elle ? Je ne le sais pas. Cette incompréhension est encore plus flagrante en art contemporain, car avec l’art figuratif, on peut se raccrocher à quelque chose. Prenez une œuvre de Pollock. C’est une immense toile avec des jets de peinture partout. Et pourtant je vais trouver l'ensemble stupéfiant, bouleversant. Pourquoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Face à ces images de science, j'ai le même sentiment. L'image des freins de carbone, le dernier épisode de la série, me fait le même effet. Je la trouve aussi belle qu'une toile contemporaine.

Episode 06 - Vingt ans de sa vie par CNRS

* Cette série de vingt épisodes de deux minutes est réalisée par Jean-Marc Serelle et produite par la Cité des sciences et de l'industrie et CNRS Images.

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