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Bienvenue sur le blog de Cécile Michel, destiné à vous faire découvrir trois mille ans d’histoire d’un Proche-Orient aux racines complexes et multiples, à travers les découvertes et les avancées de la recherche en assyriologie et en archéologie orientale. (Version anglaise ici)

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Cécile Michel
Assyriologue, directrice de recherche au CNRS dans le laboratoire Archéologies et Sciences de l’Antiquité

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L’eau primordiale en Mésopotamie
12.09.2026, par Cécile Michel
Mis à jour le 12.09.2026

Après un été de canicules répétées et de sécheresse accentuée, il est temps d’aller se ressourcer au Louvre. Ce musée, mobilisant les collections du département des Antiquités Orientales, présente une très belle exposition sur les rôles politiques, économiques, culturels et religieux de l’eau en Mésopotamie. Chaque thème abordé trouve un écho dans la manière dont nous gérons l’eau indispensable à la vie aujourd’hui.

La Mésopotamie, stricto sensu « le pays entre les fleuves », est bordée des Tigre et Euphrate qui prennent leur source en Turquie, puis traversent Syrie et Irak, avant de fusionner dans un marais salé alluvial et se déverser dans le Golfe Persique. Ces deux fleuves majestueux ont donné naissance à des milliers de canaux d’irrigation permettant aux Sumériens, Babyloniens et Assyriens de cultiver les arbres, ainsi que les céréales, fruits et légumes à la base de leur alimentation. À présent, les habitants de la région souffrent de la baisse drastique de l’eau dans ces deux fleuves, en partie due aux nombreux barrages hydroélectriques construits en amont.
//api-www.louvre.fr/sites/default/files/2026-05/Livret%20-%20Classe-L%27oeuvre-LT.pdfAffiche du livret des scolaires pour l'exposition L'eau primordiale en Mésopotamie.

L’eau fut de tout temps une richesse économique vitale. Outre les nombreux canaux de dérivation indispensables à l’agriculture, les Mésopotamiens ont fait preuve de beaucoup d’ingéniosité en construisant des aqueducs, ponts, tunnels, bassins artificiels, voire des vis à eau permettant d’arroser des plantations en hauteur, comme en témoignent les inscriptions royales et les bas-reliefs des palais qui décrivent des jardins paradisiaques. Les fleuves et la mer ont permis le transport de marchandises volumineuses, tels les troncs d’arbres assemblés en radeaux ou les bateaux remplis de céréales ou de jarres de vin descendant l’Euphrate. Aujourd’hui, le transport routier a pris le dessus.
//collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010122712Transport du bois. Bas-relief du palais de Sargon II à Khorsabad, 8e siècle av. J.-C., Musée du Louvre.

Dans les eaux des fleuves, mais aussi dans celles du Golfe Persique, les habitants de Mésopotamie pêchaient toutes sortes de poissons, apportant des protéines aux populations qui n’avaient pas les moyens d’élever des ovins. À présent, certaines espèces ont disparu en raison de la pollution et du réchauffement des eaux, d’autres sont menacées par la surpêche.
//collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010118442Figurine de bateau chypriote, Chypre, début du IIe millénaire, Musée du Louvre.

L’accès à l’eau a, de tout temps, généré conflits et guerres. Déjà au 25e siècle av. J.-C., la Stèle dite « des Vautours » – en raison des rapaces dévorant des cadavres – évoque la victoire du roi de Lagash sur son voisin d’Umma pour maîtriser le territoire frontalier fertile traversé par des bras reliant les deux fleuves. Quelques siècles plus tard, les archives des particuliers incluent des procès dont le thème est l’obtention d’un accès à l’eau, sous la forme de canaux d’irrigation ou de puits. La forme des champs était d’ailleurs allongée perpendiculairement au canal afin d’augmenter le nombre de terres agricoles bordant l’eau.

L’eau est à l’origine de la création du monde dans les mythes mésopotamiens, que ce soit le fleuve primordial ou encore Tiamat, l’entité marine, qui mêle ses eaux à l’Apsû, l’entité d’eau douce, pour donner naissance à toute une succession de divinités dans le Poème babylonien de la création (Enûma elish). L’Apsû, la masse des eaux douces se trouvant sous la surface de la terre, est la demeure du dieu sumérien Ea (Enki en akkadien), le dieu de la sagesse, en charge des rites de purification, mais aussi patron des arts et des techniques. Cela explique que l’eau soit au cœur de nombreux rituels, mais aussi qu’elle était un instrument de justice divine, par le biais de l’ordalie, une épreuve subie par les accusés.

Les anciens mésopotamiens avaient bien conscience de l’importance vitale de l’eau. L’exposition du Louvre, L’eau primordiale, est là pour nous rappeler qu’il faut la préserver ; c’est une leçon qui s’adresse à tous, adultes et enfants. Tous nos remerciements à Ariane Thomas, Barbara Couturaud et Grégoire Nicolet pour avoir mis en place une exposition esthétique, scientifique, écologique et pédagogique sur un thème tellement sensible pour notre planète aujourd’hui.

L’exposition L’eau primordiale, leçons de Mésopotamie, se tient jusqu’au 15 mars 2027 dans l’aile Richelieu du Musée du Louvre. Pour ceux qui ne pourraient pas se rendre à Paris, un parcours virtuel est accessible sur le site du Louvre, et une présentation de cette exposition par ses trois commissaires peut aussi être visionnée en ligne.