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Identifié en 2012 comme l’antique ville de Qabra, le site de Kurd Qaburstan, dans le Kurdistan irakien, est l’objet de fouilles par une équipe de Floride depuis 2024. Ces deux dernières années, les archéologues américains y ont mis au jour les vestiges d’une guerre de siège avec des fosses communes. Ils y ont aussi découvert le premier lot important de tablettes cunéiformes dans la plaine d’Erbil.
Le site de 110 hectares, le plus vaste de la région, se situe à l’est du Tigre, à mi-chemin entre le Grand et le Petit Zab. Un petit tell central fortifié est occupé à la fin du IIIe millénaire avant J.-C. La ville basse, elle-même ceinte d’une muraille, est densément peuplée vers 1800 av. J.-C. C’est alors un centre politique et commercial important. Lors de la campagne de fouilles de 2024, les archéologues ont dégagé un palais monumental en briques crues dans la partie est, et y ont découvert deux tablettes cunéiformes. Une troisième tablette a été mise au jour dans les quartiers résidentiels au nord-ouest, ainsi que des restes humains désarticulés, témoignant d’une fin violente.
La destruction de la ville à deux reprises a été confirmée par les fouilles de 2025, à la fois dans le palais de la ville basse et dans des secteurs administratifs. Au milieu de structures effondrées et de céramiques brisées figuraient les restes de 17 corps sans sépulture. Certains, entassés les uns sur les autres, auraient été abandonnés sur le lieu de leur décès, suggérant une fin brutale.
Une centaine de scellements et vingt tablettes cunéiformes ont été dégagés dans le secteur administratif. Il s’agit de listes de denrées, entre autre pour préparer de la bière, et diverses quantités de cuivre, ainsi qu’une lettre émanant d’un certain Mutu-Kumri, connu par les archives royales de Mari (Syrie) comme un haut-fonctionnaire de Qabra.
Et de fait, l’histoire de la ville est partiellement documentée par les archives de Mari. Au tout début du 18e siècle, Qabra était la capitale d’un royaume incluant d’autres villes, comme Urbel (Erbil), un centre cultuel. Son roi était en conflit avec son puissant voisin à l’ouest, Samsî-Addu, qui régnait sur Ekallatum. Celui-ci mena son armée, alliée aux troupes de Dadusha d’Eshnunna, à l’est du Tigre, tout d’abord contre Arrapha, qui se trouvait à l'emplacement de l'actuelle Kirkouk, puis contre Qabra. Selon une stèle inscrite découverte à Mardin, il captura divers fortins avant de faire le siège de la ville.
Stèle de Dadusha, détail montrant deux combattants et les murailles de Qabra. Le texte figure sur la tranche de la stèle, Eshnunna, Musée d’Irak à Bagdad. © Osama Shukir Muhammed Amin.
Sur une autre stèle inscrite et gravée de bas-reliefs, Dadusha s’appropria la victoire. Il prétendit avoir envoyé 10 000 hommes contre Qabra, tenu la ville en siège pendant dix jours, avant de la conquérir (vers 1781). On peut apercevoir les imposants remparts de Qabra sur cette stèle. Dadusha mit à mort le roi vaincu, Bunu-Ishtar, et envoya sa tête avec un important butin d’esclaves et produits précieux à Eshnunna, mais il laissa la ville à son allié, qui y installa des déportés hourrites.
Une dizaine d’années plus tard, Ishme-Dagan, à Assur, dut faire face aux troupes rebelles d’Ardiganda, roi de Qabra, allié à celui d’Arrapha. Il perdit le contrôle du territoire conquis par son père Samsî-Addu. Ardiganda fut à son tour attaqué par le roi de Kakmum, une autre ville de Transtigrine située dans le nord de la plaine de Rania. Qabra tomba pour la deuxième fois. Les fouilles récentes témoignent donc de ces deux destructions successives de la ville, qui disparaît dès lors des textes.
Tablette découverte à Kurd Qaburstan en 2024, avant et après restauration, © Mission Kurd Qaburstan.
Alors que l’on connaît bien l’histoire des villes du sud de l’Irak grâce à des fouilles archéologiques entreprises dès la fin du 19e siècle, le Kurdistan irakien restait terra incognita jusqu’à la mort de Saddam Hussein en 2006. Depuis une vingtaine d’années, de nombreux chantiers de fouilles révèlent l’histoire de cette région. Le déchiffrement des tablettes exhumées dans les ruines de l’ancienne Qabra va permettre de compléter l’histoire de la ville du point de vue de l’intéressée ; trois des tablettes découvertes en 2025 dateraient du siège de Qabra.

