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Comment éclairer une momie ?
22.06.2016, par CNRS Images (collégial)
Mis à jour le 22.06.2016
Prendre une photo est bien plus que le simple déclenchement d’un obturateur. Le photographe choisit un point de vue, travaille son cadrage et la composition de l’image. Cet exercice demande, selon le contexte, quelques secondes à quelques heures ! Autre choix déterminant : l’éclairage. Cette semaine Les yeux de la Science met un coup de projecteur sur la mise en lumière d’un sujet à photographier. Nos spécialistes Marie Mabrouk, iconographe, et Cyril Frésillon, photographe, nous détaillent les rouages du reportage photo réalisé sur Ounnout, la momie dorée du Musée des Beaux-Arts de Dunkerque, de la commande à sa diffusion.

 
Pourquoi avoir fait ce reportage ?
Marie Mabrouk (MM) : Dans le cadre des Journées européennes du patrimoine 2015, le CNRS préparait une fresque de 134 mètres de long pour le couloir de la station de métro Montparnasse-Bienvenüe à Paris. La thématique : le patrimoine et la recherche. Chaque institut du CNRS était chargé de collecter des images auprès des laboratoires sur ce thème et pouvait également suggérer des sujets propices à un reportage photo. Le sujet sur les momies dorées d’Antinoé a ainsi été proposé par Roberto Vargiolu, tribologue au Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes (LTDS).
 
Quelles étaient les consignes à suivre pour la prise de vue ?
MM : La graphiste en charge de la fresque souhaitait principalement une vue montrant le chercheur en train de travailler. Pour le reste, il s’agissait de réaliser des prises de vues variées (plan rapproché, plan large, avec et sans le chercheur) afin d’enrichir le fonds de la photothèque du CNRS avec un large choix de visuels différents.

© Cyril Frésillon / MBA Dunkerque / LTDS / CNRS PhotothèquePhoto n°1

Cyril, en tant que photographe, quelles étaient les conditions de prise de vue ?
Cyril Frésillon (CF) : Mes reportages photo se déroulent essentiellement dans des laboratoires exigus avec de nombreux instruments scientifiques et, souvent, un cadre peu photogénique. Me rendre dans un musée est assez exceptionnel. Et cette fois-ci, d’une certaine manière, le lieu m’appartenait le temps du reportage. J'ai découvert la momie toute seule au centre de la salle du Musée des Beaux-Arts de Dunkerque (photo n°1). Immédiatement, je me suis dit que j'allais pouvoir jouer avec la lumière !

© Cyril Frésillon / MBA Dunkerque / LTDS / CNRS PhotothèquePhoto n°2

Quelles ont été vos impressions au moment de voir la momie ?
MM : Dès qu’on arrive dans la pièce, on est un peu impressionné car le lieu est épuré et inspire le respect. Je me sentais même obligée de parler à voix basse. Puis à l’ouverture du couvercle de la vitrine dans laquelle la momie repose, j’étais émue. C’était la première fois que je voyais une momie d’aussi près. C’était un vrai face à face, sans séparation entre nous. L’émotion était amplifiée par l’odeur particulière qui émane du coffre, car elle a été embaumée au moyen d’un bitume aromatisé et repose sur un lit de feuilles de figuiers d’Égypte (photo n°2). Je respirais son parfum, c’était troublant.
 
CF : Contrairement à Marie, j’ai mis plusieurs minutes à assimiler le fait que j’étais face à une momie. Dès les premiers instants, je me suis concentré sur la préparation des prises de vues, de la lumière. J’ai complètement fait abstraction de sa présence. C’est après avoir enlevé le couvercle de sa vitrine et regardé attentivement l’intérieur que j’ai pris conscience qu’il y avait un être humain à l’intérieur.
 
Qu’est-ce que cela change de photographier la dépouille d’un être humain ?
CF : Même si on y pense un peu de temps en temps, il faut être concentré sur les prises de vue, la lumière, les cadrages et le dialogue avec le chercheur. Mais comme Marie, j’avais tendance à parler à voix basse et à me déplacer sur la pointe des pieds pour ne pas faire trop de bruit.
 
© Cyril Frésillon / MBA Dunkerque / LTDS / CNRS PhotothèquePhotos n°3 & 4

Comment s’est déroulée la prise de vue avec le scientifique ?
CF : Les prélèvements ayant déjà été faits, il s’agissait de mimer la scène. Roberto Vargiolu a refait les mêmes gestes en se positionnant aux endroits exacts où il était lors des premières manipulations. C’était à moi de m’adapter. Il était hors de question de toucher inutilement la momie. L’action est donc simulée, afin de respecter l’intégrité de la momie. D’ailleurs un spectateur attentif remarquera qu’il n’y pas de silicone liquide sur la spatule (photo n°3).

 © Roberto Vargiolu / LTDS, CNRS, Centrale Lyon - © Cyril Frésillon / MBA Dunkerque / LTDS / CNRS PhotothèquePhoto n°5 (à gauche) : Cyril et Marie lors de la prise de vue - Photo n°6 (à droite) : L’image qui en résulte
 
Comment travailler les effets de lumière et d’obscurité dans les images ?
CF : Pour faire ces images, je me déplace avec des flashs de studio et plusieurs accessoires (boites à lumière, parapluie, spot). En fonction des différentes situations, j’adapte mon éclairage. La pièce où nous étions était très grande, je pouvais utiliser la boite à lumière (photo n° 5) qui permet d’avoir une lumière constante, très diffuse, des ombres douces, un contraste faible (photo n°6). Pour les photos de détails, j’utilise parfois un drap noir pour obtenir un fond uniforme en arrière-plan. Enfin, au moment du traitement de mes images, je peux faire en sorte d’accentuer les différences de contraste.
 

© Cyril Frésillon / MBA Dunkerque / LTDS / CNRS PhotothèquePhotos n°7 & 8

Lorsqu’on compare les deux photos ci-dessus, il y a une très grande différence de rendu. Pourquoi avoir choisi un éclairage en clair-obscur pour certains clichés du reportage ?
CF : Au début de la journée, il me paraissait évident qu’il fallait théâtraliser la scène et que Ounnout était le sujet principal de la pièce. J’ai donc fait en sorte d’avoir une lumière théâtrale. En utilisant un réflecteur avec un nid d’abeilles, on obtient ce genre de lumière très localisée sur le sujet.
Pour les images en plan rapproché (photo n°9 et 10), je joue sur la profondeur de champ afin de bien mettre en valeur certaines parties de la momie en orientant le regard du spectateur sur la zone nette de l’image.
 

© Cyril Frésillon / MBA Dunkerque / LTDS / CNRS PhotothèquePhotos n° 9 & 10
 
Comment sont utilisées les images de ce reportage ?
MM : Les images du reportage réalisé au musée des Beaux-Arts de Dunkerque et par la suite au musée des Confluences de Lyon (où d’autres momies dorées sont également conservées) ont été intégrées à la photothèque du CNRS. Vous pouvez les retrouver dans un album photo spécifique. Certaines ont également été utilisées dans la fresque Le couloir du temps exposée dans le métro à Paris et en introduction de la BD « Sophie et les mystérieuses momies dorées ». Vous pouvez également en découvrir dans l’article « Les momies dévoilent leurs secrets de conservation » paru en mars 2016 dans le magazine La Recherche. Tout récemment, elles composent le diaporama sonore à voir sur CNRS Le Journal. Et prochainement elles apparaîtront dans l’exposition proposée à la bibliothèque de l’École Centrale de Lyon. En somme des utilisations très variées !

© Cyril Frésillon / CNRS PhotothèquePhoto n°11 : Deux images issues du reportage sont reprises dans la fresque Le couloir du temps à la station Montparnasse-Bienvenüe à Paris

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