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Comment lutter contre la transphobie à l'école?

Comment lutter contre la transphobie à l'école?

07.06.2018, par
L’expérience transidentitaire, le sentiment de ne pas être du genre assigné à la naissance, peut apparaître à tous les âges, même à l’école. Le monde scolaire n’est pas encore prêt. C’est ce que nous explique le sociologue Arnaud Alessandrin, qui livre les premiers résultats d’une étude en cours sur la santé des mineurs LGBTI scolarisés.

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Isolement, craintes ressenties au moment d’accéder aux espaces genrésFermerEspaces où se déploient particulièrement les normes de genre, c’est-à-dire des injonctions au masculin et au féminin. Pour en savoir plus le genre, et sur les différences entre sexe et genre, lire https://lejournal.cnrs.fr/dossiers/precieuses-etudes-de-genre dans l’enceinte de l’école (toilettes, vestiaires), absentéisme : les conséquences de la transphobieFermerDiscrimination à l’égard des personnes trans (transsexuel, transgenre, etc.), peu importent les types de transitions suspectées ou réalisées. à l’école sont nombreuses et marquent profondément la vie des individus concernés. Bien que nous ayons spontanément tendance à associer les transidentitésFermerOn nomme « transidentitaires » toutes les personnes dont le genre assigné à la naissance ne correspond pas à l’identité ou à l’expression de genre vécues. à l’âge adulte, les enquêtes étrangères comme celles d’Annie Pullen Sansfaçon1 ont su mettre en avant l’existence et les spécificités des enfants « gender variants » ou « gender creativ », c’est-à-dire qui s’éloignent légèrement ou bien complètement, durablement ou bien momentanément, des normes de genre en vigueur. L’expérience transidentitaire, le sentiment de ne pas être du genre assigné à la naissance, peut donc apparaître à tous les âges2.

Scène du film «Tomboy», réalisé par Céline Sciamma en 2011, qui aborde la question du genre et de la transidentité chez les enfants. Nouvelle dans le quartier, Laure (à droite) laisse croire le temps d'un été qu'elle est un garçon.
Scène du film «Tomboy», réalisé par Céline Sciamma en 2011, qui aborde la question du genre et de la transidentité chez les enfants. Nouvelle dans le quartier, Laure (à droite) laisse croire le temps d'un été qu'elle est un garçon.

Depuis 2014, ces questions sont progressivement abordées en France. Les témoignages, notamment sur Internet, se font de plus en plus nombreux. Toutefois, même si l’on compte quelques travaux associatifs, la recherche sur l’expérience des mineurs trans ou gender variant reste peu développée en France et se concentre surtout autour d’enquêtes et de recueil de données qualitatives3. Il faut attendre 2017, lorsqu’une équipe de recherche4 – à laquelle je participe – s’est penchée plus spécifiquement sur la santé scolaire des personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuel.le.s, trans et intersexes), pour voir se dessiner des tendances statistiques sur la question des mineurs trans.

Le collège, particulièrement anxiogène

Les chiffres de cette enquête sont sans appel. Sur 1 059 répondant.e.s au total, nous avons pu créer une strate de 217 jeunes personnes trans scolarisé.e.s. Ces résultats laissent premièrement apparaître des éléments relatifs à la solitude de ces jeunes : si « seulement » 46 % des gays et des lesbiennes rapportent ne pas être parvenu.e.s à parler de leur homosexualité durant leur scolarité, ce pourcentage monte à 76 % pour les jeunes s’étant autodéfinis comme trans ou non binaires.

Deuxièmement, les témoignages des jeunes donnent à voir un haut niveau d’appréhension face à l’école (qu’il s’agisse des pairs ou de l’institution) : l’expérience scolaire est perçue comme « mauvaise » ou « très mauvaise » pour 72 % des jeunes trans. Et si l’on considère aussi les jeunes intersexes, cette mauvaise expérience scolaire est présente chez 78 % d’entre eux. Enfin, le collège est pointé comme la temporalité la plus anxiogène pour ces jeunes. Le verbatim de l’enquête permet de distinguer différents facteurs explicatifs : l’importance que revêtent les catégories genrées entre pairs au collège, les transformations corporelles qui imposent des modifications physiques non désirées (règles, poils, mue…), une absence relative de « mots pour se dire » (ce qui semble moins vrai à la fin du collège et au lycée grâce l’accès à l’Internet et aux associations) ainsi qu’une non-prise en compte, ou une mauvaise prise en charge, des problématiques de ces élèves par l’institution.

Notons pour finir le rôle non négligeable des programmes scolaires qui, en abordant les questions trans et intersexes, véhiculent aussi les représentations pathologisantes et prioritairement médicales de ces identités.
 

Accompagner et sensibiliser

Si la France est très en retard en ce domaine, d’autres pays comme le Canada proposent des guides et des solutions pratiques pour accueillir et accompagner les demandes de ces jeunes, sans les nier ni les psychiatriser5. Faciliter le changement de prénom sur les dossiers administratifs, accompagner les demandes médicales sans psychiatriser d’emblée les parcours, former les encadrant.e.s et sensibiliser les autres élèves : autant de petites mesures qui augmentent grandement la participation scolaire des jeunes trans.

Portraits tirés du documentaire de Lorène Debaisieux «Devenir il ou elle», consacré aux adolescents transgenre, diffusé en janvier 2017 sur France 5.
Portraits tirés du documentaire de Lorène Debaisieux «Devenir il ou elle», consacré aux adolescents transgenre, diffusé en janvier 2017 sur France 5.

Si ces bonnes pratiques sont en direction des établissements, d’autres institutions peuvent être interpellées. La famille tout d’abord, qui joue un rôle prépondérant dans le bien-être des enfants trans. C’est ce que note par exemple Diane Ehrensaft dans une typologie6 qui différencie des familles qu’elle nomme « transphobic », « transformers » ou « transporting ». Dans le premier cas, la chercheuse souligne des figures familiales qui rejettent violemment l’idée d’une transition et d’une non-conformité de genre d’un.e enfant. Le second cas de figure regroupe des familles ou des membres « aidants » qui accompagnent pleinement la transformation de l’enfant. Le troisième groupe développe des stratégies de bricolage entre « aide » et « déni », notamment en déplaçant les prises de décision et les accompagnements à des aidants extérieurs.

Une autre thérapeutique, dite « acceptante »7, suggère que les identités de genre trans ne sont pas des pathologies (dans le cas des enfants comme dans celui des adultes, d’ailleurs). Dans cette perspective, des propositions de suivis hormonaux sont notamment conseillées et de nettes améliorations sur le plan du bien-être psychologique ou de la participation scolaire se font alors sentir. C’est pourquoi il convient de convoquer pareillement les institutions de santé qui, aujourd’hui en France, sont encore très réticentes à accompagner les mineurs vers la prise de bloquants hormonaux afin de ne pas les confronter aux effets secondaires de la sexuation et de les protéger des discriminations.

Cette opposition des mondes scolaires et médicaux à une meilleure prise en compte des demandes transidentitaires montre à nouveau les difficultés qu’il y a à dessaisir la question trans des cadres de la maladie mentale.
 
 

Les points de vue, les opinions et les analyses publiés dans cette rubrique n’engagent que leur auteur. Ils ne sauraient constituer une quelconque position du CNRS.

 

À lire :
Sociologie des transidentités, Arnaud Alessandrin, Le Cavalier bleu, mars 2018, 144 p., 20 €
« La transphobie en France : insuffisance du droit et expériences de discrimination », A. Alessandrin, Cahiers du Genre, 2016 , vol. 60 (1): 193-212. 

À lire sur notre site : 
Combien y a-t-il de sexes ?

Notes
  • 1. « Autoethnography and Academic Parent Activism: Making New Sense of the Trans* Child », A. Pullen Sansfaçon et al., Studies in Social Justice, 2015, vol 9 (1) : 118-135.
  • 2. « “Mineurs trans” : de l’inconvénient de ne pas être pris en compte par les politiques publiques », A. Alessandrin, Agora débats/jeunesses, 2016, vol.73 (2) : 7-20.
  • 3. « L’expérience des minorités de genre et de sexualité à l’école », C. Dayer et A. Alessandrin, in E. Dugas et G. Ferreol (dir), Oser l’autre, éd. EME, juin 2015, pp. 87-110.
  • 4. Johanna Dagorn, Arnaud Alessandrin, Gabrielle Richard, Anita Meidani, Marielle Toulze, Clément Reverse, Marouchka Dubot. Rapport de la recherche « Santé LGBTI », financée par la Dilcrah (Direction interministérielle de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine LGBTphobe).
  • 5. Voir par exemple : http://enfantstransgenres.ca
  • 6. Gender born, gender made: Raising healthy gender non-conforming children, Diane Ehrensaft, New York, The Experiment Ed., 2011, 304 p.
  • 7. « Changement de paradigme médical : de la binarité à la diversité sexuée et genrée dans l’enfance », E. Schneider, in Parcours de santé / Parcours de genre, Anastasia Meidani et Arnaud Alessandrin (dir.), PUM, juin 2018, 21 € (pp. 127-139).

Commentaires

1 commentaire

Qu'il s'occupe de sa vie ce pseudo Arnaud Alessandrin toxique soi-disant spécialiste des transidentités transphobe à l'égard des personnes en raison de leur expression de genre ces gens qu'il traitait de travestis de tords sexuels parce que ces personnes ne voulaient pas se conformer au sexe binaire. "Toute personne a le droit de vivre telle qu'elle est, et non pas comme la société le voudrait ."
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