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Astérix à la conquête de l’espace

Point de vue

Astérix à la conquête de l’espace

26.11.2015, par
Il y a tout juste cinquante ans, la France mettait en orbite son premier satellite, dénommé Astérix. Denis Guthleben, historien des sciences au CNRS, revient sur cet épisode marquant de la conquête spatiale française.

Nous sommes en 1965 après J.-C. Tout le monde est partagé en deux blocs. Tout ? Non ! Car un pays peuplé d’irréductibles gaullistes résiste encore et toujours, entre les empires américain et soviétique. Astucieux et inventifs, volontiers orgueilleux, ils ambitionnent de conquérir l’espace, rien de moins ! Et Astérix s’apprête à leur en ouvrir les portes…

Rejoindre l'URSS et les États-Unis dans l'espace

Cet Astérix-là n’est pas un petit teigneux, accompagné d’un copain… légèrement enveloppé. « A1 » de son nom officiel est un satellite de 39 kilogrammes formé de quatre éléments : une balise émettant des ondes radioélectriques, un répondeur radar, un émetteur de télémesure et un système thermométrique. Un engin bien rudimentaire, en somme, mais un symbole fort : en parvenant à le propulser vers le firmament, les irréductibles espèrent se hisser au niveau des supergrands, l’URSS et les États-Unis qui, dans cet ordre chronologique – 1957 avec Spoutnik, 1958 avec Explorer –, ont déjà posé leurs gros souliers dans l’espace.

En 1965, la
mission d’Astérix
consiste surtout
à valider la fusée
Diamant qui
doit l’embarquer.

En parvenant à le propulser ? C’est bien le problème ! Car un satellite n’est pas un menhir que l’on expédie après une rasade de potion magique : il faut un lanceur puissant et sophistiqué. À dire vrai, cet élément est même le plus important : en 1965, la mission d’Astérix consiste surtout à valider la fusée Diamant qui doit l’embarquer. On arrive alors à un autre registre de gauloiseries : il y a la prouesse technologique, bien sûr ; et puis la fierté nationale, avec laquelle le chef des irréductibles ne badine pas ; mais avant tout, il y a le message urbi et orbi : être en mesure d’envoyer quelque chose qui fait un petit « bip bip » dans les étoiles, cela signifie que l’on peut aussi lancer quelque chose qui ferait un gros « boum » sur Terre. Pas la peine de faire un dessin…

Avant d’en arriver là, un long chemin a été parcouru. Dans son récent ouvrage, L’Aventure spatiale française (Nouveau Monde, 2015), notre confrère Philippe Varnoteaux l’a fait revivre avec brio : les balbutiements de l’après-guerre, avec les premières fusées inspirées des redoutables V2 allemands ; l’acharnement de quelques électrons libres, scientifiques et militaires, dans les années 1950, avec entre autres le lancement en 1952 de Véronique-N, notre premier engin stratosphérique ; et surtout la grande mobilisation qui survient à partir de 1958, avec la naissance quatre ans plus tard du Cnes, qui devient vite l’un des grands partenaires du CNRS. Le CNRS, justement, est intervenu dans cette histoire, dès la Libération. Et à partir de la fin des années 1950, son service d’aéronomie a en particulier été l’un des principaux acteurs du spatial français, sous les directions successives d’Alfred Kastler, de Pierre Auger puis de Jacques Blamont.

Le silence... puis le soulagement

Mais revenons à 1965 et à Astérix. Son lancement est prévu le 26 novembre, à 15 h 47, depuis la base d’Hammaguir, dans la région de Béchar, en Algérie. À H – 6 heures, les réservoirs de la fusée Diamant sont remplis. À H – 4 heures l’of­ficier d’essai procède aux ultimes ­vérifications. À H – 1 heure, le compte à rebours commence. À H – 2 secondes, l’opérateur du centre d’essai annonce le « top décollage ». L’opération est un succès, et à H + 10 min 22, la capsule techno­logique A1 se détache du dernier étage de la fusée à l’altitude prévue.

Satellite Astérix, lanceur Diamant A-1
Décollage du lanceur Diamant A-1 depuis le site d'Hammaguir, en Algérie, le 26 novembre 1965 et préparation du satellite Astérix avant son lancement en 1965.
Satellite Astérix, lanceur Diamant A-1
Décollage du lanceur Diamant A-1 depuis le site d'Hammaguir, en Algérie, le 26 novembre 1965 et préparation du satellite Astérix avant son lancement en 1965.

Sauf que le satellite demeure silencieux. Autant le dire crûment : à ce moment-là, toutes les fesses sont serrées au poste de commandement du champ de tir. Au bout de quelques minutes, c’est le soulagement : le réseau de poursuite et de localisation du Centre interarmées d’essais d’engins spéciaux confirme le passage du satellite au méridien de la station. Sans décocher une seule baffe, les irréductibles viennent de remporter une belle victoire. C’était il y a tout juste cinquante ans, et la Gaule devenait la troisième puissance spatiale.

      
         
                                         

Les points de vue, les opinions et les analyses publiés dans cette rubrique n’engagent que leur auteur. Ils ne sauraient constituer une quelconque position du CNRS.

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