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Guérir le vertige grâce à la réalité virtuelle

Guérir le vertige grâce à la réalité virtuelle

27.08.2014, par
Vue virtuelle depuis le haut d'un immeuble.
Vue subjective depuis le haut d'un immeuble.
La peur du vide, ou acrophobie, se soigne désormais grâce à la réalité virtuelle. Une projection dans un monde artificiel qui pourrait bientôt permettre aux acrophobes de gravir des montagnes sans aucune angoisse.

Inexplicable et incontrôlée, la peur du vide, ou acrophobie, touche 2 à 5% de la population… Des personnes tétanisées à l’idée même de se retrouver sur un balcon ou au bord d’un précipice. Difficile donc de les faire grimper où que ce soit, même quelques minutes, pour les confronter petit à petit à leur phobie, et les désensibiliser en douceur, comme on le fait habituellement lors des thérapies classiques de traitement des peurs. Alors comment apprivoiser son vertige quand on est incapable de s’y frotter dans la vie réelle ? La réponse se trouverait dans le monde numérique : grâce à la réalité virtuelle. « Au lieu de faire monter un acrophobe en haut de la tour Eiffel, on le fait monter en haut d’une tour Eiffel numérique ! On cherche alors à le désensibiliser de cette peur irrationnelle en le confrontant à son stress » explique Daniel Mestre 1, psychologue et responsable du Centre de Réalité Virtuelle de Méditerranée qui a développé cette thérapie.

En immersion dans un cube vertigineux

Equipé de lunettes 3D, l’acrophobe entre dans une salle immersive (ou CAVE) sur les murs et sur le sol de laquelle un univers en relief est projeté. Il se retrouve par exemple en haut d’un building New-Yorkais et doit avancer sur un plongeoir suspendu dans le vide. Un cauchemar pour lui : le phobique culmine virtuellement à une centaine de mètres du béton. « L’impression de hauteur est bien réelle car la profondeur de champFermerdésigne la zone de netteté autour de l’objet à regarder, elle sert à ce que l’œil perçoive l’image comme nette. est respectée » précise Daniel Mestre. Progressivement, le malade s’habitue à l’altitude et, au fil des séances, progresse plus facilement sur la planche. Plus la cyberthérapie avance, plus la situation de stress imposée s’intensifie. Par exemple, au bout d’un certain temps, le plongeoir fini par rétrécir… « Il faut une séance par semaine pendant 2 mois, associée à des sessions de relaxation, pour espérer soigner le vertige avec notre système » explique Daniel Mestre. Une seule condition pour que le traitement soit efficace : « C’est comme un jeu vidéo : le patient doit rentrer dedans, accepter de jouer le jeu. Si le patient n’y croit pas, la thérapie ne fonctionnera pas … » rajoute t-il. « Nous faisons équipe avec des sociologues, qui évaluent comment l’acrophobe a vécu son expérience dans le CAVE. Par ailleurs, ils étudient dans quelle mesure un phobique accepte ou non de se traiter par la réalité virtuelle. » explique le psychologue. Des neuroscientifiques ainsi que des informaticiens collaborent aussi au projet.

Cube immersif du CRVM
Le cube immersif du CRVM, composé de trois écrans verticaux et d'un sol, sur lesquels sont projetées les images des mondes virtuels.
Cube immersif du CRVM
Le cube immersif du CRVM, composé de trois écrans verticaux et d'un sol, sur lesquels sont projetées les images des mondes virtuels.

Comparée aux méthodes classiques, difficiles à mettre en œuvre, la réalité virtuelle présente de nombreux atouts : « on peut créer tous les environnements que l’on imagine ! Nous plaçons les patients dans des univers que nous contrôlons, c’est donc moins risqué et moins anxiogène que de mettre le phobique réellement au bord d’un gouffre » sourit Daniel Mestre. D’ailleurs cette démarche de psychologie comportementale n’est pas nouvelle. Depuis 2000, Air France propose un stage en simulateur de vol, pour aider ses clients à surmonter leur angoisse de l’avion ! En les confrontant aux conditions et aux sensations d’un vol, la compagnie aérienne espère rassurer ses clients et les immuniser contre l’aérodromphobie ...

Expérience de réalité virtuelle dans le cube immersif du CRVM
Le participant est immergé dans un modèle architectural réaliste.
Expérience de réalité virtuelle dans le cube immersif du CRVM
Le participant est immergé dans un modèle architectural réaliste.

Une première en France

« Au Canada et aux Etats-Unis, les cyberthérapies sont utilisées depuis une dizaine d’années », précise Daniel Mestre. Mais en France, où la réalité virtuelle peine à se développer, le psychologue et son équipe sont les premiers à s’en servir pour traiter l’acrophobie. Lancé en 2013 (dans le cadre de la Mission pour l’interdisciplinarité du CNRS), leur projet n’en est encore qu’à ses débuts.
Le CAVE, mis au point au laboratoire avec des matériaux de pointe, a coûté cher : près de 1 million d’euros ! Or, pour que les médecins puissent s’équiper et traiter un grand nombre d’acrophobes, il faudrait réduire la taille et le prix du dispositif, « par exemple  en commercialisant des casques de réalité virtuelle à environ 300 euros », précise le chercheur. Ce type de visiocasques est déjà utilisé en Amérique du Nord pour traiter la peur du vide et les angoisses post-traumatiques chez les soldats revenant d’Irak. Néanmoins, ces casques virtuels sont moins immersifs et moins interactifs que le CAVE. Les patients doivent par exemple se déplacer sur l’écran avec une souris, alors que dans la salle 3D, aussi développée au Canada,  il suffit simplement de marcher …
La cyberthérapie semble promise à de belles réussites : « elle pourrait aussi aider au traitement d’autres phobies, comme par exemple la peur des araignées ou celle des oiseaux », espère Daniel Mestre.

 

Notes
  • 1. Institut des Sciences du Mouvement (CNRS UMR7287/Université Aix Marseille)
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Auteur

Léa Galanopoulo

Léa Galanopoulo est journaliste scientifique indépendante.

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