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Des fours connectés à l’âge du bronze
13.05.2026, par
Un artefact sans équivalent dans le monde a été mis au jour en Irak en 2015 : un four à deux espaces connectés du Chalcolithique (–7000 à –5000 ans avant notre ère). Pour savoir comment de tels fours fonctionnaient, des archéologues en ont conçu une réplique. Une expérience pleine de surprises.
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Afin de mieux comprendre comment les fours mésopotamiens du Chalcolithique (de –7 000 à –5 000 ans avant notre ère) étaient façonnés et, surtout, fonctionnaient, Johnny Samuele Baldi et ses collègues du Laboratoire environnements et sociétés de l’Orient ancien (ArchéOrient, unité CNRS/Université Lumière Lyon 2) ont décidé d’entreprendre la construction d’une réplique dans l’enceinte de la commanderie templière de Jalès (Ardèche), une antenne du laboratoire.
Thibaut Vergoz / Archéorient / CNRS Images
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Pendant leurs travaux, les archéologues ont compris que la construction de ce type de fours nécessitait la présence de plusieurs personnes. Les deux chambres devaient être bâties en même temps, rang de briques après rang de briques – à la manière d’une impression en 3D. Ce procédé implique une forte interaction entre artisans. De plus, même si le four expérimental (reconstitué sur la base d’un exemplaire de taille moyenne) n’excédait pas 1,5 m de diamètre, les fours originels pouvaient atteindre 8 m de diamètre et étaient plutôt utilisés en tant que chaudières de très vastes réseaux de fours connectés les uns aux autres.
Thibaut Vergoz / Archéorient / CNRS Images
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C’est en 2015, au Kurdistan irakien, que Johnny Samuele Baldi a mis au jour pour la première fois ce type unique de four à deux chambres non superposées (l’une allongée et l’autre circulaire), destiné à la cuisson de céramiques. Bien que pouvant être indépendantes l’une de l’autre, les deux chambres communiquent par une conduite maçonnée plus ou moins longue, en général souterraine. De prime abord, rien d’extraordinaire... C’est pourtant là que réside le premier mystère pour les chercheurs, qui ne parvenaient pas à expliquer la présence de ce conduit. D’autant que, se sont-ils rendu compte, plusieurs de ces fours pouvaient être connectés pour fonctionner en série.
Thibaut Vergoz / Archéorient / CNRS Images
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Claire Padovani, postdoctorante du laboratoire, façonne puis place la sole (la plateforme qui sert de socle aux céramiques lors de la cuisson) dans la chambre circulaire qu’elle sépare en deux parties. Constituée de mortier (un mélange d’argile, de paille et d’eau), la sole pèse plusieurs dizaines de kilos. Afin qu’elle ne s’écroule pas sous son propre poids lors de la pose, elle est au préalable durcie à l’air libre.
Thibaut Vergoz / Archéorient / CNRS Images
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Encore quelques briques et un peu de mortier, et la réplique du four sera bientôt terminée. Ici, on distingue les deux chambres du four, et surtout la sole grâce à la lumière placée juste en dessous. Malgré l’absence de sole dans la première chambre, celle-ci pouvait aussi, à l’occasion, servir à cuire des céramiques. Mais elle était davantage utilisée pour accueillir du combustible (bois, roseau, crottin, bitume...), à la façon d’un foyer extérieur permettant de dégager de la chaleur. Celle-ci devait transiter par le conduit pour arriver dans la chambre circulaire inférieure, puis remonter par la sole afin de cuire les céramiques.
Thibaut Vergoz / Archéorient / CNRS Images
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Il est temps pour le four d’accueillir ses premières céramiques – quelques dizaines pour un four de 1,5 m de diamètre. Une fois les poteries disposées sur la sole, le four est scellé à l’aide du mortier, tout en gardant un espace d’échappement pour les fumées et, surtout, pour le tirage, de façon que le feu reste vivace. Quelques heures seront nécessaires à la cuisson des céramiques. Elles perdront leur humidité résiduelle et jusqu’à 15 % de leur volume initial à l’issue de la cuisson.
Thibaut Vergoz / Archéorient / CNRS Images
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Un feu est allumé dans la première chambre (allongée) pour démarrer la cuisson. Très vite, la température y atteint plus de 900 °C, contre 300 °C dans la chambre des céramiques. Pourtant, après quelques heures, ces dernières ne sont toujours pas cuites. En revanche, elles sont sèches. Or, pour qu’une céramique puisse être considérée comme cuite, elle doit avoir subi une température d’au moins 450 °C. Si celle-ci n’est pas atteinte, les céramiques s’abîment au contact d’un liquide. C’est en allumant un feu sous la sole – et après avoir bouché la chambre allongée – que les scientifiques ont pu mesurer une élévation de la température jusqu’à environ 850 °C. Les céramiques, déjà séchées, ont alors pu cuire très rapidement avec une faible quantité de combustible.
Thibaut Vergoz / Archéorient / CNRS Images
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Grâce à cette reconstitution, les archéologues ont compris que ces fours étaient la pièce maîtresse d’un système élaboré, qui ne servait pas simplement à cuire des céramiques, mais plutôt à créer une chaîne de séchage-cuisson. En effet, le plus souvent, ces fours étaient construits en série et donc tous connectés les uns aux autres par des conduits maçonnés. Ainsi, les artisans pouvaient utiliser la chaleur générée lors de la cuisson du four n°1 pour sécher les céramiques du four n°2 et, une fois la cuisson du four n°1 finie, enchaîner avec la cuisson dans le four n°2 et le séchage dans le four n°3, et ainsi de suite. Une technique proto-industrielle qui permettait une production continue de céramiques.
Thibaut Vergoz / Archéorient / CNRS Images
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