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Un Français sur dix souffre de troubles de l’odorat

Un Français sur dix souffre de troubles de l’odorat

14.09.2015, par
Comme le goût, l'olfaction participe pleinement au plaisir de la dégustation.
On en sait plus désormais sur la prévalence des déficits de l’odorat en France. Une vaste étude sur l’olfaction menée par les chercheurs du Centre de recherche en neurosciences de Lyon, dans le cadre du projet CNRS Défi Sens, vient de livrer ses premiers résultats.

Le chiffre vient de tomber et il est totalement inédit : 9 % des Français, soit près d’un Français sur dix, souffriraient de troubles olfactifs. C’est le résultat de la plus vaste étude sur l’olfaction jamais menée dans l’Hexagone, une étude qui nous éclaire un peu plus sur ce sens méconnu, négligé au profit de sens plus « nobles » comme la vision ou l’audition.

« Un tiers souffre d’un déficit sévère, qu’on appelle aussi anosmie, et deux tiers d’un déficit plus léger, nommé hyposmie », raconte Moustafa Bensafi, directeur de recherche au Centre de recherche en neurosciences de Lyon1. Un chiffre qui ne surprend pas totalement le scientifique : « Jusqu’à présent, les études menées aux États-Unis et en Allemagne sur des échantillons plus restreints, et avec des protocoles variés, donnaient 5 % pour l’une et 20 % pour l’autre. On est donc dans un moyen terme. »

Autre résultat de cette étude menée auprès de 4 500 hommes et femmes âgés de 4 à 89 ans2 : à l’instar de la vue ou de l’audition qui se dégradent avec l’âge, l’odorat lui aussi subit l’outrage des ans. « La prévalence des troubles olfactifs augmente à partir de 50 ans pour atteindre 20 % de la population après 65 ans », indique le chercheur. Les hommes et les femmes ne sont cependant pas logés à la même enseigne : seules 16 % des femmes âgées de plus de 65 ans seraient affectées contre 25 % des hommes. Le pourquoi reste encore à déterminer…

 

Textes olfactifs, anosmie
Les personnes âgées sont les plus touchées par les troubles de l'olfaction. De petits exercices de stimulation peuvent être pratiqués, comme ici, à la clinique Sain-Luc de Schirmeck (Alsace).
Textes olfactifs, anosmie
Les personnes âgées sont les plus touchées par les troubles de l'olfaction. De petits exercices de stimulation peuvent être pratiqués, comme ici, à la clinique Sain-Luc de Schirmeck (Alsace).

D’autres résultats devraient émerger de cette étude riche de plus de 100 paramètres : âge, sexe, poids, cycle menstruel ou grossesse pour les femmes, mais aussi profession, lieu d’habitation ou encore addiction au tabac. « On soupçonne notamment l’odorat d’avoir une influence directe sur notre façon de nous alimenter, indique Moustafa Bensafi. Les récepteurs olfactifs situés dans le nez sont également sollicités par la voie rétro-nasale – par le palais pour le dire simplement ! – et participent pleinement au plaisir de la dégustation. » Les chercheurs notent d’ores et déjà un recours plus fréquent aux condiments, comme la sauce soja, chez les personnes souffrant de déficit olfactif. « Comme si elles essayaient de compenser la perte de goût des aliments en provoquant de nouvelles sensations. »

Les résultats de l’étude olfaction seront disponibles sur www.olfaction.cnrs.fr à partir de novembre 2015.

Sur le même sujet : « De la nécessité et du plaisir d'avoir un bon nez »
« L'odorat un sens très en vue »

 

Notes
  • 1. Unité CNRS/Inserm/UCBL/Univ. Jean-Monnet Saint-Étienne.
  • 2. CNRS Le journal s'est associé à cette étude en distribuant plusieurs dizaines de milliers de tests via son édition papier de l'automne 2014.
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Auteur

Laure Cailloce

Laure Cailloce est journaliste scientifique pour CNRS Le journal.

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