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Un jour avec Anne-Lise Soulet, assistante de prévention

Un jour avec Anne-Lise Soulet, assistante de prévention

28.06.2022, par
Mis à jour le 30.06.2022
Anne-Lise Soulet au Laboratoire de microbiologie et génétique moléculaires, à Toulouse, en mai 2022.
Assistante ingénieur en microbiologie, Anne-Lise Soulet est également assistante de prévention de son laboratoire. Au cœur de cette mission mise à l'honneur cette année par le CNRS : identifier et prévenir l'intégralité des risques auxquels le personnel est exposé, pour mieux le protéger.

8 heures - La journée commence sur les chapeaux de roue !
Ses pas rapides résonnent dans le couloir. « Je viens d’apprendre que les deux PSM arrivent aujourd’hui ! » s’exclame Anne-Lise Soulet, l’assistante de prévention du Laboratoire de microbiologie et génétique moléculaires1 (LMGM) de Toulouse. Grâce à ces deux nouveaux postes de sécurité microbiologique (PSM), le projet du second laboratoire de niveau L2 du bâtiment va enfin aboutir : les scientifiques seront plus nombreux à pouvoir travailler sur des micro-organismes classés 2 en sécurité biologique, qui peuvent présenter un risque de maladie chez l’humain.
 
Mais pour l’heure, réunion avec Patrice Polard, directeur du laboratoire et chef de l’équipe Transformation du pneumocoque, afin de décider des manips du jour. C’est qu’avant tout, Anne-Lise Soulet est assistante ingénieur en microbiologie, spécialisée en biochimie des protéines. Elle est à la paillasse la majorité du temps, forme régulièrement des étudiants et gère en plus, en tant que Lab manager, l’organisation matérielle de l’équipe, sur 10 % de son temps. Sa casquette d’assistante de prévention, d’« AP », obtenue à l’issue d’une formation de six jours par le CNRS, n’est censée occuper que 20 % de son temps. « En théorie ! s’en amuse-t-elle. En pratique, c’est variable. Il y a des moments où c’est du plein temps et d’autres qui sont plus calmes. » La mission d’aujourd’hui donc, si elle l’accepte, est de reproduire une expérience pour enrichir une publication de Patrice Polard.
 

Anne-Lise Soulet cumule les fonctions : assistante ingénieur en microbiologie, formatrice pour les étudiants, Lab manager et assistante de prévention. Elle est en interaction constante avec tout le personnel du laboratoire pour gérer des tâches et des demandes très diverses.
Anne-Lise Soulet cumule les fonctions : assistante ingénieur en microbiologie, formatrice pour les étudiants, Lab manager et assistante de prévention. Elle est en interaction constante avec tout le personnel du laboratoire pour gérer des tâches et des demandes très diverses.

9 h 30 - Réception du matériel au pas de course
À peine le temps pour le chercheur de finir sa phrase qu’un bonjour retentit à la porte du bureau. « Les deux PSM arrivent ! » C’est Bertrand Griffe, l’AP logistique du Centre de biologie intégrative (CBI) où loge le LMGM. « Là, maintenant ? s’enquiert Anne-Lise. Alors, feu ! » Direction la zone d’atterrissage des deux mastodontes de métal. Sur le trajet entre l’ancienne bâtisse du CBI et le tout nouveau bâtiment, reliés entre eux par une passerelle, la microbiologiste dépeint la difficulté pour les huit AP du centre à harmoniser les règles de sécurité. Pas évident en effet quand d’un côté, la construction suit les normes actuelles avec les paillasses bien séparées des bureaux, et quand de l’autre c’est bien plus... rétro. Le travail des AP, voulu en équipe dès la création du CBI, prend alors tout son sens « Cela contribue énormément à créer des liens scientifiques, se félicite Patrice Polard, une identité de lieu et une appartenance au site aussi, simplement au travers d’une chose essentielle qu’est la sécurité. »

Le travail des AP, pensé en équipe au sein du Centre de biologie intégrative, contribue à créer des liens scientifiques, une identité de lieu et une appartenance au site, simplement au travers de la sécurité. 

Les assistants de prévention sont là pour identifier et prévenir l’intégralité des risques associés à un lieu donné, afin de protéger le personnel qui y évolue. Ce lieu, pour Anne-Lise, c’est la moitié d’un bâtiment, sur deux étages, drainant plus de 70 personnes. Et les risques sont partout, des prises électriques à la posture, en passant par les substances biologiques, chimiques ou radioactives ; les sons, le froid, le chaud, le tranchant ; l’isolement du travailleur aussi, ou encore les incapacités, telle la malentendance, qui pourraient par exemple empêcher une personne de s’échapper en cas d’incendie. De fait, souligne Anne-Lise, « en tant qu’AP, il faut être capable de prendre de la hauteur, avoir le sens de l’observation. Et être carré. » 

Fort heureusement, pour relever ces défis, les AP peuvent compter sur une étroite collaboration avec l’ingénieur régional de prévention et de sécurité (IRPS), ici Stéphane Leblanc, et la direction du laboratoire. Mais revenons à l’aire de réception des marchandises. Les PSM sont là, aussi imposants et lourds que prévu. Une répétition de leur futur trajet est de mise, en attendant les gros bras, chargés de leur déplacement.

 
10 h 50 - Une pause bureautique ?
Dès le retour au bureau, c’est la première demande. Une biologiste a besoin de gel hydroalcoolique. « Nous sommes sollicités en permanence, raconte Anne-Lise Soulet. J’ai tendance à tout laisser en plan pour aider la personne mais il est important d’apprendre à jauger l’urgence de la situation et, quand rien ne presse, à répondre plus tard, pour laisser du temps à nos propres manips. Il ne faut pas oublier qu’être AP est une mission et non pas un métier ! »

Durant la pandémie, le travail des AP a explosé. Gel, masques, tests, plannings, tournées pour s’assurer de la santé physique et psychologique de chacun, affichages et paperasse en tous genres... 

Depuis la pandémie de Covid-19, la décision a été prise de mettre sous clé le précieux liquide désinfectant, accessible seulement sur demande aux AP. Durant cette période, leur travail a explosé. Gel, masques, tests, plannings, tournées pour s’assurer de la santé physique et psychologique de chacun, affichages et paperasse en tous genres... Éprouvant. 

 

Ce fut également l’occasion pour tous de réaliser le rôle crucial des AP, non seulement en terme de protection du personnel, mais aussi dans les relations humaines. En témoigne cette journée avec Anne-Lise où l’on réalise aisément le point de repère qu’elle constitue au sein de son laboratoire : les demandes diverses et variées affluent à tout moment. Rares sont les fois, d’ailleurs, où elle est prise en défaut, la localisation des choses semblant n’avoir aucun secret pour elle, de tel liquide expérimental au tournevis plat en passant par le balai caché dans un placard dérobé...

11 h 45 - Le créneau expérimentation
Une consultation de ses mails plus tard – « On ne sait jamais, les demandes arrivent aussi par là ! » – Anne-Lise Soulet peut enfin se pencher sur l’expérience commandée par son chef. Tubes, pipettes, cônes, puits… les gestes sont précis et rapides. À 13 heures, la plaque 96 puits est dans le luminomètre, pour 1 h 30 de lecture. En passant près d’une doctorante, Anne-Lise Soulet l’informe d’une technique permettant d’éviter un embarras avec une machine. Si le conseil est ici bien accueilli, ce n’est pas toujours le cas, les AP étant confrontés à diverses personnalités avec une acceptation variable du changement et des règlements. L’empathie et la diplomatie ne sont alors pas de trop. « C’est à la direction du laboratoire de trouver la manière d’inciter le personnel à suivre les règles de sécurité », indique Anne-Lise Soulet. Et aux AP de la seconder dans cette tâche ardue.
 

A la paillasse, armée de pipettes et d'une plaque 96 puits, Anne-Lise Soulet procède aux manips de la journée.
A la paillasse, armée de pipettes et d'une plaque 96 puits, Anne-Lise Soulet procède aux manips de la journée.

13 h 54 - On installe le laboratoire !
La fin du repas est précipitée car les transporteurs des PSM sont déjà là. Au pas de course, Anne-Lise rejoint l’AP logistique et les cinq hommes venus pour l’aider. Plus gros que l’autre, le PSM cytotoxique pour la manipulation des produits chimiques cause bien des soucis, par manque de matériel adapté à son placement sur pieds.

Être AP c’est aussi créer des liens humains sortant du cadre habituel de la recherche.

Curieuse, Anne-Lise Soulet observe les techniques employées et propose divers outils pour aider à la complexe entreprise. Être AP c’est aussi participer à des actions très variées, comme celle-ci, et créer des liens humains sortant du cadre habituel de la recherche. 

Ainsi, suite à deux accidents vécus par Anne-Lise en tant qu’AP au LMGM, où les secours se sont perdus, les nombreuses actions qu’elle a mises en place, en synergie avec Stéphane Leblanc, pour empêcher que cela ne se reproduise l’on amenée à interagir régulièrement avec de nombreuses personnes, notamment les pompiers de la caserne avoisinante et les médecins de la délégation Occitanie Ouest du CNRS. Bien que peu habituée à l’exercice, elle a organisé une assemblée générale hygiène et sécurité pour exposer le bilan de ses actions et rappeler les consignes.

16 heures - Passage express par la paillasse
Après deux heures passées à s’occuper des PSM, Anne-Lise retourne à la paillasse. Il faut au moins qu’elle exporte ses résultats, à défaut d’avoir le temps de les analyser aujourd’hui. Au loin, trois alarmes retentissent alors. Quand d’autres n’y auraient même pas prêté attention, Anne-Lise Soulet identifie immédiatement leur provenance. L’une, normale, vient d’une centrifugeuse. Les deux autres, par contre, alertent d’un problème avec les congélateurs qui contiennent toutes les manips du labo. La biochimiste part aussitôt vérifier si elle peut régler cela elle-même, avant de prévenir l’AP logistique qui trouvera rapidement la solution.

Entre ses activités scientifiques et sa mission de prévention, dont la gestion des déchets du laboratoire, les journées d'Anne-Lise Soulet sont bien remplies !
Entre ses activités scientifiques et sa mission de prévention, dont la gestion des déchets du laboratoire, les journées d'Anne-Lise Soulet sont bien remplies !

Au-delà de ces tâches quotidiennes, qui nécessitent vigilance et réactivité, les AP sont chargés d’un rôle moins visible mais tout aussi essentiel : mettre à jour au moins une fois par an le document unique d’évaluation des risques de leur lieu d’affectation, avec les propositions de solutions aux problèmes identifiés. Autre mission cruciale : la formation des nouveaux arrivants, dispensée ici en commun par les huit AP du CBI étant donné la particularité des locaux.

16h30 - Evacuation de déchets
Un tour à la soute des déchets sonne le glas de ce mercredi bien rempli. Sur un petit chariot, Anne-Lise dispose des bidons en plastique préalablement complétés sous hotte par un liquide marron. Le local est à l’extérieur du LMGM, les déchets sont exclusivement gérés par l’AP afin de s’assurer qu’ils sont triés et rangés correctement. Anne-Lise Soulet dispose ses bouteilles dans la caisse adaptée et vérifie les éventuelles erreurs de tri, avant de passer au récupérateur de verre puis à celui des déchets industriels. La journée est enfin finie. Reste une question : quels rebondissements viendront donc mouvementer celle de demain ? 

Notes
  • 1. Unité CNRS/Université Toulouse Paul Sabatier.

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