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Un programme pour le futur de la planète

Un programme pour le futur de la planète

09.05.2019, par
Des Indiens s'approvisionnent en eau potable dans un camion-citerne municipal à Bhopal le 21 mars 2018. L'accès pour tous à une eau propre fait partie des 17 grands objectifs pour le développement durable fixés pour 2030 par l'Onu.
Depuis 2015, le programme international Future Earth tente de fédérer scientifiques, politiques et citoyens autour des grands enjeux du développement durable, allant de la biodiversité au changement climatique. Les explications de sa coordinatrice française, Sandrine Paillard, à l'occasion d’une rencontre organisée le 9 mai au siège du CNRS à Paris, avec la communauté française.

En quoi consiste le programme Future Earth ?
Sandrine Paillard : Le programme Future Earth regroupe et prend la suite de trois programmes internationaux sur les changements environnementaux initiés il y a plusieurs décennies : le programme international géosphère-biosphère (IGBP), DIVERSITAS et le programme international sur les dimensions humaines des changements environnementaux globaux (IHDP). Ces derniers ont permis de réunir des scientifiques du monde entier en une vingtaine de réseaux thématiques, allant des problématiques liées à l’usage des sols, de l’eau, en passant par les émissions carbonées, les interactions entre l’atmosphère et océan, la santé, etc.

Les enjeux et la complexité des problématiques liées au développement durable nécessitent de favoriser des projets de recherche transversaux, fédérant l’ensemble des sciences de la Terre jusqu’aux sciences humaines et sociales.

Sur le plan scientifique, le bilan de ces initiatives est extrêmement positif, et ces vingt réseaux scientifiques se retrouvent bien sûr au sein de Future Earth. Mais les enjeux et la complexité des problématiques liées au développement durable nécessitent à présent de favoriser aussi des projets de recherche transversaux, fédérant l’ensemble des sciences de la Terre jusqu’aux sciences humaines et sociales. Dans le même temps, nous souhaitons pallier deux limites des anciens programmes internationaux. D’une part, nous aimerions favoriser la participation des chercheurs issus des pays de l’hémisphère Sud qui étaient jusque-là moins présents dans les projets et réseaux internationaux sur ces sujets. D’autre part, notre rôle vise aussi à susciter davantage d’interactions entre les chercheurs et les gouvernements, les acteurs privés et la société civile afin que la recherche influence davantage leurs décisions.

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Quand ce programme a-t-il débuté ?
S.P. : La création de Future Earth a été annoncée en juin 2012 à Rio lors de la conférence sur le développement durable organisée par l’Organisation des nations unies (ONU). Cinq pays - le Canada, les Etats-Unis, la France, le Japon, et la Suède – se sont unis pour accueillir le secrétariat du programme qui a démarré ses activités en 2015.

Projection des 17 Objectifs de développement durable sur la façade de l'Assemblée générale des Nations Unies, à New York, le 22 septembre 2015.
Projection des 17 Objectifs de développement durable sur la façade de l'Assemblée générale des Nations Unies, à New York, le 22 septembre 2015.

Quels sont les grands axes de recherche envisagés ?
S.P. : La première grande initiative transversale de Future Earth concerne les Objectifs du Développement Durable. Il s’agit de produire les connaissances nécessaires pour atteindre les quatre objectifs dit « verts » des dix-sept grands objectifs pour la planète définis par l’ONU dans le cadre du programme de développement durable : le climat, l’eau, la biodiversité terrestre et la biodiversité marine. Notre souhait est d’accompagner les scientifiques afin d’aborder ces quatre grands axes tout en les articulant avec les autres objectifs.

Eradiquer la pollution plastique des cours d'eau d'ici 2030 dépasse le seul lit des rivières : qu’est-ce qu’un tel objectif implique pour les villes, les modes de consommation et de production, la santé, les océans, etc. ?

Par exemple, éradiquer la pollution plastique des rivières d'ici 2030 dépasse le seul lit des rivières : qu’est-ce qu’un tel objectif implique pour les villes, les modes de consommation et de production, la santé, les océans, etc. ? Nous cherchons ainsi à aborder les enjeux scientifiques de manière globale en prenant en compte l’ensemble des implications et des relations entre les sociétés humaines et les écosystèmes naturels, ainsi que les synergies et les contradictions possibles entre les différents objectifs du programme de développement durable. Par exemple, agir pour le climat en protégeant les zones humides est favorable à la biodiversité. En revanche, le développement des agro-énergies de première génération y est plutôt défavorable.

De quelle manière intervenez-vous dans ces projets ?

S.P. : Tout d’abord, notre rôle n’est pas celui d’une agence de financement de la recherche. Nous n’apportons pas de financement direct aux projets, à l’exception toutefois de petits projets pilotes locaux - à l’instar des « SDG Labs » en Afrique. Dans ce cas, on finance des recherches préliminaires et de nouveaux réseaux de chercheurs grâce auxquelles des projets de plus grande envergure verront le jour. Nous intervenons surtout pour lancer des initiatives de dimension internationale, qui nécessitent de mettre en lien des acteurs de la recherche. Nous pouvons alors faciliter les échanges entre ces personnes grâce à l’organisation de « workshops » ou d’évènements. C’est d’ailleurs dans ce but que nous allons instaurer dès 2020 une conférence internationale bisanuelle. Une société savante pour la science de la durabilité (« sustainability science ») va aussi voir le jour. Enfin, nous travaillons étroitement avec les agences de financement des différents pays afin de les inciter à multiplier les appels à projet en lien avec les objectifs de Future Earth. Pour résumer, les actions du programme Futur Earth se déclinent autour de trois priorités. Premièrement, nous cherchons à fédérer des initiatives de recherche transversales sur les questions de durabilité qui se posent à l’échelle planétaire et de façon urgente. Deuxièmement, nous communiquons le plus largement possible autour de ces enjeux. Enfin, nous essayons de multiplier les liens entre tous ces scientifiques engagés pour le développement durable.
 
Quel est l’objectif de cette rencontre organisée ce jeudi 9 mai à Paris ?
S.P. : Il s’agit de présenter le programme Future Earth à la communauté française, après un premier échange timide en 2016. A vrai dire, le programme est encore mal connu en France et nous espérons que cette deuxième session, davantage centrée sur les contenus, permettra de susciter l’intérêt des scientifiques français issus d’horizons divers et variés, mais aussi d’ONG, de décideurs publics et de d’acteurs privés. Nous voulons montrer que Future Earth peut être un cadre ambitieux pour répondre aux enjeux scientifiques du développement durable. Nous allons donc parler avant tout science et éviter si possible de rester dans les généralités. 

La communauté scientifique liée à Future earth se réunit le 9 mai au siège du CNRS, à Paris.
La communauté scientifique liée à Future earth se réunit le 9 mai au siège du CNRS, à Paris.

Cette journée devrait marquer également le lancement d’une campagne internationale ?
S.P. : Oui, cette journée va ensuite être décliné en ateliers thématiques autour des océans, de la biodiversité, des terres et de l’eau douce. Ces ateliers seront organisés dans de nombreux pays, avec les chercheurs et les acteurs locaux. Dans un deuxième temps les résultats des ateliers nationaux seront discutés à l’échelon régional puis mondial lors de nouveaux ateliers. Il s’agira de mieux comprendre les synergies et les éventuelles contradictions entre les différentes visions. En effet, pour reprendre l’exemple des agro-énergies, leur développement en Europe et aux Etats-Unis pour répondre à l’enjeu climatique se traduit dans certains pays d’autres régions du monde par une perte de biodiversité ou une menace pour la sécurité alimentaire. Nous pensons qu’encourager ces approches transversales et novatrices est un enjeu fondamental dans le contexte actuel où la communauté internationale est à la peine face au manque de volonté politique pour répondre aux enjeux environnementaux. ♦

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du journal CNRS