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Plus de papillons en ville, c’est possible !

Plus de papillons en ville, c’est possible !

22.09.2022, par
Communément appelé la Mégère ou le Satyre, « Lasiommata megera » fait partie des 30 espèces de papillons observables au Parc urbain des papillons.
À Marseille, une expérimentation scientifique originale, le Parc urbain des papillons, a permis de doubler en dix ans les espèces de lépidoptères observées en zone urbaine.

C’est une bastide comme on en voyait au XIXe siècle sur les hauteurs de Marseille. Désormais encerclé par la ville et les programmes immobiliers, le site de la Tour des pins, dans le 14e arrondissement, abrite depuis 2012 un dispositif unique de recherche sur la biodiversité urbaine : le Parc urbain des papillons (PUP). Sur 1,5 hectare de friche, l’écologue Magali Deschamps-Cottin, spécialiste de ces insectes, a créé une véritable oasis pour papillons. L’objectif de cette scientifique du Laboratoire Population, Environnement, Développement1 : faire revenir dans cet espace urbain les lépidoptères qui s’y faisaient rares.

30 espèces de végétaux réintroduites

« Des travaux menés à la fin des années 2000 dans les parcs et jardins publics de Marseille ont montré qu’à mesure que l’on s’enfonçait dans la ville, le nombre d’espèces de papillons observées chutait drastiquement, notamment les espèces typiquement méditerranéennes, raconte la scientifique. De la cinquantaine de lépidoptères recensés dans les collines alentour, on ne retrouvait ainsi qu’une petite quinzaine sur le site de la Tour des pins. » La faute à la densité du bâti, mais aussi aux écueils d’une renaturation des villes souvent maladroite et trop standardisée. Car si tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui qu’il faut plus de nature en ville, encore faut-il savoir de quelle nature on parle.

Le Parc urbain des papillons s’est installé sur une friche appartenant à la ville de Marseille, en plein cœur du 14ᵉ arrondissement.
Le Parc urbain des papillons s’est installé sur une friche appartenant à la ville de Marseille, en plein cœur du 14ᵉ arrondissement.

« Aujourd’hui, on voit des parcs urbains qui se ressemblent tous que l’on soit à Marseille, Paris ou Lima, décrit Magali Deschamps-Cottin. On y retrouve les mêmes végétaux, des espèces horticoles sélectionnées avant tout pour leurs qualités esthétiques, et les mêmes pratiques de jardinage, avec des pelouses tondues à ras et des parterres taillés au carré... Les plantes spontanées et locales n’y ont pas leur place, et le tout offre un support assez pauvre à la biodiversité, que ce soit pour les insectes ou les oiseaux qui les consomment. » Face à ce constat, la chercheuse a voulu offrir aux papillons un espace où les adultes trouveraient les plantes riches en nectar dont ils se délectent, et où les larves auraient à leur disposition les plantes hôtes sur lesquelles elles se développent.
 

Les parcs urbains se ressemblent tous, que l’on soit à Marseille, Paris ou Lima. On y retrouve les mêmes végétaux, sélectionnés avant tout pour leurs qualités esthétiques ; les plantes spontanées et locales n’y ont pas leur place.

Pour espérer les attirer, une trentaine d’espèces végétales ont été plantées sur le PUP en dix ans : thym, romarin, lavande ou encore menthe pour les adultes, mauve ou fenouil pour les larves... Elles ont été associées à un entretien plus respectueux de la parcelle, qui fait la part belle à la végétation spontanée, comme les ronces ou les alaternes (des arbustes qui poussent spontanément dans la garrigue) déjà présents sur le site. « On a même planté des orties cet été ; je ne pensais pas en arriver là un jour ! plaisante Magali Cottin-Deschamps. Pourtant, beaucoup d’espèces de papillons viennent s’y nourrir. »

Pour attirer le Pacha typique de Méditerranée (Charaxes jasius, ici sous forme de larve puis de papillon), les chercheurs ont planté des arbousiers, sur lesquels se développent exclusivement les larves.
Pour attirer le Pacha typique de Méditerranée (Charaxes jasius, ici sous forme de larve puis de papillon), les chercheurs ont planté des arbousiers, sur lesquels se développent exclusivement les larves.

Les résultats engrangés valident la démarche expérimentale. Dès 2015, le PUP accueillait dix espèces de papillons supplémentaires. En dix ans, il a multiplié par deux le nombre d’espèces inventoriées, avec un pic de 32 espèces observées durant l’été 2020. Emblématique des régions méditerranéennes, le majestueux Pacha a lui été observé pour la première fois en 2018, soit six années après que les arbousiers sur lesquels ses larves croissent exclusivement ont été plantés.

Un projet de recherche participatif

« Faire revenir les papillons en ville ne profite pas seulement à la biodiversité urbaine, insiste Magali Deschamps-Cottin. Cela permet de lutter plus largement contre la fragmentation des habitats, l’une des principales causes de la crise actuelle de la biodiversité. » Des métropoles qui ne sont plus perméables aux papillons, et aux insectes en général, deviennent en effet de redoutables barrières qui empêchent la circulation de ces espèces entre les territoires.

Une étudiante en écologie montre comment capturer et manipuler un papillon lors des « Rendez-vous aux jardins » de 2019.
Une étudiante en écologie montre comment capturer et manipuler un papillon lors des « Rendez-vous aux jardins » de 2019.

Participatif, le Parc urbain des papillons veut partager ses bonnes pratiques avec le plus grand nombre. Ainsi, les lycéens du lycée agricole des Calanques qui aident les scientifiques à entretenir cet espace, se voient-ils offrir une formation à la biodiversité, de même que les gestionnaires des parcs de la ville de Marseille qui met à disposition la friche de la Tour des pins, et le grand public est régulièrement invité à le visiter. Le projet commence d’ailleurs à essaimer : un dispositif similaire est déployé depuis juin 2022 dans la ville voisine d’Aix-en-Provence. 

Notes
  • 1. Unité Aix-Marseille Université/IRD.

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du journal CNRS