Donner du sens à la science

Vignobles et climat : pour quelques degrés de plus

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[00:00:04] voix off du dialogue entre Hervé Quenol et Etienne Neethling :
– On va récupérer les données du premier capteur.
– Oui qui s’appelle mi-coteaux
– mi-coteaux oui. Et quel type de sol ? Tu te rappelles ?
– On est sur un sol superficiel avec une réserve en eau plutôt faible.
– Je vais brancher le câble. Alors, tu me dis quand c’est connecté ?
– Ça y est, c’est connecté.
– OK.
 
Hervé Quenol, climatologue [00:00:30] : Notre travail de recherche consiste à installer des réseaux de capteurs et de stations météorologiques dans les vignobles et sur différents sites répartis dans le monde viticole. Pour résumer, on est sur 35 vignobles dans 14 pays, comme par exemple en Argentine, en Afrique du Sud, au Chili et en Nouvelle-Zélande. Et le Val-de-Loire est l’un des sites pilotes que nous suivons depuis 2007.
 
Hervé Quenol  [00:01:02] : La vigne, notamment les caractéristiques d’un vin, la qualité d’un vin, est très liée au climat. Et donc dans le contexte de changement climatique, il y a de grandes interrogations sur le futur. Et comment les vins vont pouvoir s’adapter donc à ce changement climatique ? Et l’autre intérêt par rapport à d’autres cultures par exemple, c’est que la vigne est une culture pérenne. Lorsqu’un vigneron veut planter de la vigne, c’est minimum pour trente ans, donc il ne peut pas se tromper. Donc l’intérêt de mes recherches en climatologie, c’est vraiment d’arriver à faire des observations et des simulations du climat futur de manière à proposer au viticulteur des méthodes d’adaptation et voire même des cépages adaptés au climat futur.
 
David Grellier, responsable d’exploitation viticole [00:01:50] : En fait intuitivement, on s’était aperçus que les dates de récolte étaient de plus en plus précoces. On s’aperçoit aussi d’un changement du climat, d’une maturité différente, de présence de phénomènes un peu plus violents quelque part. Le travail des scientifiques aujourd’hui avec leurs capteurs, cela permettra de valider notre ressenti et de savoir si notre ressenti correspond bien à la réalité du changement climatique.
 
Hervé Quenol, (en voix off puis à l’écran) [00:02:23] : Dans cinquante ans, les modèles montrent que l’on a une évolution de 2 voire  6 degrés de la température moyenne. C’est des différences que l’on peut trouver entre deux expositions différentes sur un même vignoble. Donc l’objectif de mes travaux, c’est justement de mettre en évidence cette variabilité spatiale, de la modéliser et de l’intégrer dans les modèles plus globaux, régionaux du changement climatique.
 
David Grellier, (en voix off puis à l’écran) [00:02:47] : On maîtrise de mieux en mieux nos outils. On maîtrise de mieux en mieux la façon de gérer nos sols. On maîtrise de mieux en mieux la récolte, les tris. On s’adapte aux températures plus fortes. On fait attention à l’évaporation. On fait attention à la rosée du matin. On fait attention un peu à tous ces points-là. Et c’est vrai que ces données scientifiques sur le climat doivent nous permettre d’affiner encore notre travail.
 
Etienne Neethling, doctorant en agroclimatologie (en voix off puis à l’écran) [00:04:00] : Ces caméras servent comme un complément pour les observations agronomiques que nous faisons déjà sur le terrain. C’est-à-dire qu’elles prennent une photo journalière pour observer le développement de la vigne durant la saison. Et donc ce dispositif est installé en fonction de la variabilité de la topographie, et donc on a des caméras en bas de coteaux, en haut de coteaux, sur les parcelles qui ont un sol superficiel, un sol profond pour prendre en compte la variabilité du milieu naturel qui a donc un effet sur le comportement de la vigne.
 
Hervé Quenol (en voix off puis à l’écran) [00:04:53] : Ici on a un exemple d’une station faisant partie du dispositif de mesure sur les coteaux du Layon. Donc c’est une station qui va enregistrer la température, la direction et la vitesse du vent, l’ensoleillement et les précipitations et l’humidité. Et donc ces données sont enregistrées toutes les heures et transmises via une antenne GSM sur nos ordinateurs dans les bureaux. On récupère les données tous les jours, de manière ensuite à les intégrer dans une base de données.
 
Hervé Quenol (en voix off puis à l’écran) [00:05:31] : Ces travaux réalisés aux échelles locales permettent de proposer des méthodes d’adaptation à court et à moyen terme. Généralement, par rapport aux différents scénarios de changement climatique, on a plus des solutions à long terme du style « on va déplacer les vignobles. On va peut-être changer les cépages », ce qui est vraiment un changement très important, que cela soit au niveau économique ou même au niveau culturel. Là, on est plus dans une adaptation, je ne vais pas dire au jour le jour mais, à plus court terme. C’est-à-dire que l’on va peut-être proposer des modifications de travail du sol, de modification sur les calendriers culturaux de manière peut-être à rechercher à certaines périodes un peu plus de frais, que la vigne souffre moins. Donc on est vraiment sur l’adaptation raisonnée au jour le jour, et non pas à plus long terme.
 
David Grellier, (en voix off puis à l’écran) [00:06:41] : Voilà le chai à barriques où l’on vinifie les chaumes et quarts-de-chaume tous les ans et (on a une bonne) un petit peu de  coteau du Layon, quand cela se présente, les bons millésimes.
 
Hervé Quenol : Et cette année, cela se présente comment le millésime ?
 
David Grellier : Le millésime se présente pas trop mal. On a eu quand même un printemps un peu humide. On peut avoir une période de froid sec qui nous permette d’aller au bout, qui nous permette d’aller au bout assez tranquillement et puis à ce moment-là on verra s’il y a des différences entre les zones où les capteurs ont été installés.
 
Hervé Quenol : Cela sera intéressant : comme cela, on pourra voir avec les données…
 
Hervé Quenol [00:07:39] : Au niveau des résultats, toujours avec l’exemple du Val-de-Loire, si on le regarde au premier niveau à l’échelle régionale avec l’analyse des stations de Météo-France, on observe vraiment une augmentation de la température notamment à partir de la fin des années quatre-vingt. Par contre, cette augmentation elle est assez variable dans l’espace en fonction des stations. Et on voit notamment ressortir l’effet de l’océan, ou l’effet continental, pour par exemple la station de Tours. Et quand on passe vraiment au niveau très, très fin donc ici les coteaux du Layon, on voit vraiment les effets locaux et cette forte variabilité spatiale des températures, où les secteurs à mi-coteaux sont nettement plus chauds par rapport en fond de vallée. Et cela est corroboré avec les données d’observation sur la vigne, notamment avec des niveaux de sucre beaucoup plus importants sur les secteurs plus chauds que sur les secteurs plus froids en fond de vallée.
 
Hervé Quenol [00:08:34] : Les différents travaux montrent pour résumer que dans plusieurs dizaines d’années les zones viticoles pourraient changer. Par exemple pour l’hémisphère nord, un déplacement plus vers le nord des limites favorables pour la vigne ou également planter plus en altitude de manière à trouver les conditions un peu plus fraîches.
 
David Grellier, (en voix off puis à l’écran) [00:08:59] : C’est une vraie évolution : c’est un peu ce que l’on a toujours recherché par nos pratiques culturales. Et si le réchauffement climatique nous y aide, bah tant mieux quelque part ! Cela ne sera peut-être pas le cas dans le Sud de la France ou dans d’autres régions viticoles du monde.
 
David Grellier [00:09:38] : En fait ce réchauffement climatique va peut-être nous permettre de découvrir de nouveaux terroirs viticoles en Mayenne, en Normandie j’en sais rien pour l’instant on a plus de chance d’y mettre des stations de ski ! Mais voilà, on peut imaginer la découverte de nouveaux terroirs viticoles. On a ce modèle-là : les Anglais ont planté énormément de vignes dans une zone très précise et sur des terrains argilo-calcaires pour un peu imiter les Champenois. C’était quelque chose qui n’était pas envisageable quinze ou vingt ans en arrière. Voilà !
 

Vignobles et climat : pour quelques degrés de plus

26.01.2014

Les caractéristiques et la qualité d’un vin sont intimement liés au climat. Alors quel sera l’impact du changement climatique sur les zones viticoles ? Pour répondre à cette question, des chercheurs ont installé, dans des vignobles du val de Loire, des réseaux de capteurs et de stations météorologiques. Leur objectif : simuler les évolutions futures et proposer aux viticulteurs des méthodes ou des cépages adaptés.

À propos de cette vidéo
Titre original :
Et pour quelques degrés de plus
Année de production :
2014
Durée :
10 min 24
Réalisateur :
Christophe Gombert
Producteur :
CNRS Images
Intervenant(s) :

Hervé Quenol (CNRS), Etienne Neethling | Littoral, environnement, télédétection et géomatique (LETG–CNRS/Univ. Rennes-II/ Univ. de Nantes/UBO/Univ. de Caen-Basse-Normandie)

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