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Comment les scientifiques ont bâti le 5e rapport du Giec

Comment les scientifiques ont bâti le 5e rapport du Giec

15.09.2013, par
Mis à jour le 27.01.2014
Négociations climatiques, Giec, Doha 2012
Le rapport d’évaluation du Giec sert de base de réflexion lors des négociations climatiques, comme ici à Doha en 2012.
Fin septembre 2013, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dévoilait les conclusions du premier volet de son 5e rapport sur l’évolution du climat. Des conclusions qui confirmaient, de manière certaine, la tendance au réchauffement climatique sur Terre.

« Notre tâche première est d’informer sur le changement climatique, de présenter en toute objec­tivité les dernières données sur de nombreux aspects du phénomène, dont certains sont encore mal compris. » C’est ainsi que Rajendra Pachauri définit le travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), dont il est le président. « Le 5e rapport est établi d’après l’expertise de 830 scientifiques travaillant bénévolement à travers le monde et issus de nombreuses disciplines différentes », nous précise-t-il.

Les conclusions du 5e rapport du Giec sont sans équivoque

Les conclusions du premier volet du 5e rapport sont sans surprise. Réunies dans une synthèse à l’intention des décideurs, elles confirment les tendances observées précédemment et établissent que « le réchauffement climatique est sans équivoque » et que « l’impact des activités humaines sur le système climatique ne fait aucun doute ». Ce constat est étayé par le réchauffement de l’atmosphère et des océans, la diminution de la quantité de neige et de glace, la montée du niveau des eaux et l’augmentation des gaz à effet de serre.

S’appuyant sur des projections établies à partir de modèles climatiques et du système terrestre, le rapport s’intéresse au devenir du changement climatique. Il stipule qu’une réduction substantielle et soutenue des émissions de gaz à effet de serre est nécessaire pour renverser la tendance. Toutefois, du fait de la forte inertie du système climatique, il est probable, voire très probable, que le XXIe siècle continue d’être marqué par les changements survenus au cours du siècle précédent. Le document conclut que « la plupart des aspects du changement climatique s’étaleront sur des centaines d’années même si les émissions de CO2 diminuent », ce qui semble peu vraisemblable dans un proche avenir.

Un rapport qui se présente en trois volets

Afin d’établir ce rapport d’évaluation, « les auteurs étudient l’ensemble de la ­littérature scientifique disponible pour transcrire ce que l’on sait à un moment donné », explique le climatologue Jean Jouzel1, membre du bureau du Giec. Le Giec n’est donc pas un producteur de science. Ses rapports, élaborés tous les six ou sept ans (le précédent a été achevé en 2007), se présentent en trois volets : le premier sur la science du changement climatique, rendu public fin septembre 2013, le deuxième sur ses conséquences et les moyens de s’y adapter, et le troisième sur la manière d’inverser la tendance. Pour le 5e rapport, ces deux dernières parties seront dévoilées respectivement en mars et en avril 2014, avant le document de synthèse en octobre 2014.

Le rapport du Giec est un instantané des savoirs
sur le changement climatique. Il ne s’agit nullement d’une bible figée.

Comme l’ont souligné Jean Jouzel et de nombreux autres scientifiques, le rapport du Giec n’est qu’un instantané des savoirs sur le changement climatique. Il ne s’agit nullement d’une bible figée qui transmettrait une sorte de pensée unique des scientifiques sur le climat. « Notre position, qui réaffirme la réalité du changement climatique, pourrait faire penser que nous refusons le débat, indique Hervé Le Treut, directeur de l’Institut Pierre-Simon-Laplace (IPSL)2. Or ce débat existe bel et bien : sur l’ampleur du changement, sur les stratégies d’adaptation, sur les manières de lutter contre le phénomène… » Et, malgré un processus de révision strict, des erreurs sont toujours possibles. Ainsi, le 4e rapport faisait état d’une fonte des glaciers de l’Himalaya plus rapide que dans la réalité.

Pour autant, la finalité du travail du Giec reste de « fournir un document de référence indiscutable – car approuvé à l’unanimité – lors des négociations climatiques internationales par les gouvernements », rappelle Nicolas Bériot, secrétaire général de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), l’organisme qui pilote la délégation gouverne­mentale française au Giec. Les dernières négociations ont justement eu lieu en novembre 2013 à Varsovie, en Pologne, et les prochaines auront lieu en 2014 au Pérou et en 2015 en France.

Des engagements politiques forts sont nécessaires

« Le rôle des scientifiques s’arrête là, estime Hervé Le Treut. Nous pouvons et devons alerter, mais nous ne pouvons pas être les prescripteurs de telle ou telle mesure. » D’autant que la lutte contre le changement climatique est un vrai casse-tête. Il faut composer avec ce que la science nous ­apprend des modifications physiques de notre Terre, des implications sur la faune et la flore, donc sur nous et nos moyens de subsistance, mais aussi avec les réalités économiques et sociales des pays. « Prenez les mesures de diminution des gaz à effet de serre, observe Hervé Le Treut. Il y a désormais un accord très large sur la nécessité d’engagements forts, mais il n’existe pas de bouton on/off pour y parvenir. Cela passe par une volonté politique, mais aussi par des mesures complexes à intégrer à l’économie ou à un tissu social qui peut les rejeter. »

Notes
  • 1. Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CNRS/CEA/UVSQ)-IPSL.
  • 2. L’IPSL regroupe six laboratoires sous dix tutelles : CNRS/UPMC/UVSQ/Cnes/CEA/IRD/ENS/École polytechnique/Univ. Paris-Diderot/Upec.
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Auteur

Émilie Badin

Journaliste scientifique

À lire / À voir

La Fin du monde ?, un film réalisé par Sophie Bensadoun, produit par CNRS Images (série « Un monde vivant, histoires de biodiversité », 2010, 4 min)

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