Donner du sens à la science

Gros temps sur le climat

Gros temps sur le climat

07.04.2015, par
Alors que s’intensifie la préparation de la COP 21, la grande conférence internationale sur le climat qui se tiendra à l’automne à Paris, notre chroniqueur Denis Guthleben revient sur quelques jalons qui ont marqué l’histoire de la climatologie.

Après l’interdisciplinarité évoquée dans mon précédent billet, place au climat : d’un article à l’autre, le lien est étroit. En effet, quoi de plus interdisciplinaire que les recherches qui portent sur le climat ? Chaque discipline, des mathématiques aux sciences ­humaines, peut y apporter sa contribution. Et même au-delà, chaque spécialité a son mot à dire. Songeons, par exemple, et par le plus neutre des hasards, aux… historiens. Sont concernés au premier chef ceux qui étudient les évolutions passées du climat – dans les pas d’Emmanuel Le Roy Ladurie et de son Histoire du climat depuis l’an mil. Mais comment ne pas convoquer également les historiens des sciences, ceux qui s’intéressent à l’économie, aux lobbies, à l’environnement, à la politique… En définitive, quel champ d’études n’entretient-il pas, d’une manière ou d’une autre, des liens avec le climat ? Peut-être quelque historien d’un monde extraterrestre pourrait-il s’en soustraire ? Pas si sûr, puisque, comme on a pu le découvrir dans un article paru il y a quelques mois sur ce site, les climats des exoplanètes sont eux aussi l’objet de toutes les attentions…

Pour quelques degrés de plus…

Dans la longue trajectoire des études sur le climat, il y a des jalons. Les plus courageux vont les quérir jusque dans l’Antiquité, chez Hippocrate et Théophraste. Plus raisonnablement, on peut citer les observations des Lumières sur l’influence du climat sur les hommes et leurs sociétés. « Il ne faut pas être étonné que la lâcheté des peuples des climats chauds les ait presque toujours rendus esclaves, et que le courage des peuples des climats froids les ait maintenus libres », soutenait ainsi Montesquieu dans son Esprit des lois – les Lumières n’ayant pas toujours été très éclairées.Vient plus tard, en 1824, la description plus scientifique de l’effet de serre par Joseph Fourier.

Les recherches
sur le climat
interrogent
comme nulle
autre la place
du scientifique
en société.

L’année 1896, surtout, est retenue comme fondatrice. Elle voit le chimiste Svante Arrhenius, qui s’intéresse au cycle des glaciations terrestres, relier les températures au CO2 présent dans l’atmosphère. Ainsi, un doublement de son taux provoquerait un réchauffement climatique de plus de 4 °C. Excellente intuition ! Mais on oublie parfois de rappeler que le savant y voyait un bien plus qu’un mal. S’inspirant de ses travaux, certains ont même songé à brûler massivement du charbon à seule fin de voir la densité de CO2 exploser, et les températures augmenter en proportion. Quand on accomplit sa carrière en Suède, sans doute quelques degrés de plus sont-ils toujours bons à prendre…

Les dégâts des changements passés

À mesure que les observations s’affinent, que les données se multiplient, la climatologie s’installe peu à peu dans le paysage scientifique, au carrefour d’une multitude de champs de recherche, et en renouvelant sans cesse ses méthodes et ses moyens. Dans un premier temps, les mécanismes en jeu paraissent si complexes que l’influence de l’homme est peu prise en compte. Les facteurs anthropiques sont ainsi négligés au moment même où ils gagnent en ampleur ! Leurs effets commencent toutefois à être mesurés à partir du milieu du XXe siècle et sont reconnus de plus en plus largement depuis les années 1960. On ne s’étendra pas ici, car plusieurs milliers de pages seraient nécessaires, sur les preuves qui s’accumulent depuis lors, sur les alertes qui sont lancées, sur les succès et les échecs de la sensibilisation des pouvoirs publics et des citoyens – car les recherches sur le climat interrogent aussi comme nulle autre la place du scientifique en société. Et l’on reviendra à l’histoire, qui peut une fois encore apporter sa pierre à l’édifice.

Des travaux de plus en plus nombreux tentent de cerner les impacts des changements climatiques du passé, qu’il s’agisse de cycles longs – le petit âge glaciaire des XVe-XIXe siècles, par exemple – ou de dérèglements plus ponctuels et localisés. Dans tous les cas, ils mettent en lumière des conséquences considérables, voire catastrophiques. Alors qu'un accord international ambitieux est espéré lors de la COP 21 qui se tiendra cet automne à Paris, disons-le crûment : face au changement climatique, l’homme, surtout s’il ne s’y est pas préparé, prend toujours très cher ! À bon entendeur…

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