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Un trésor exceptionnel retrouvé à Cluny

Un trésor exceptionnel retrouvé à Cluny

14.11.2017, par
Au cours des fouilles, les chercheurs ont découvert cet anneau sigillaire qui comporte une intaille précieuse datant de l’Antiquité romaine, représentant un buste d’empereur.
Centre culturel et religieux majeur de l’Europe médiévale, l’abbaye de Cluny n’a pas encore révélé tous ses secrets. Des archéologues viennent en effet d’y découvrir un trésor insoupçonné, dissimulé sous l’ancienne infirmerie, constitué de pièces d’or et d’argent du XIIe siècle ainsi que d’autres objets précieux.

En archéologie, les découvertes se jouent parfois à seulement dix centimètres près. Rescapé de justesse d’une démolition au XVIIIe siècle puis des dents d’une pelle mécanique, un formidable trésor a été trouvé en septembre à l’abbaye de Cluny, en Saône-et-Loire. Deux mois plus tard, les chercheurs annoncent leurs premiers résultats : plus de 2 200 pièces d’argent, 21 dinars en or, un anneau sigillaireFermerCes anneaux permettent de sceller avec de la cire des correspondances ou des coffres. en or avec une intailleFermerLa partie dure d’un sceau qui imprime la marque. romaine ainsi qu’une feuille pliée et un petit objet en or.
 

Trésor médiéval découvert à l'Abbaye de Cluny (VIDEO SANS SON)

À propos
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Année de production: 
2017
Réalisateur: 
Université Lumière Lyon 2
Producteur: 
Université Lumière Lyon 2

Sur les traces de bâtiments disparus

Avec ses monnaies toutes frappées dans la première moitié du XIIe siècle, cette cache forme un ensemble rarissime pour l’Europe médiévale. Anne Baud, enseignante-chercheure à l’université Lumière Lyon 2 et rattachée à l’Arar1, et Anne Flammin, ingénieure CNRS au même laboratoire, étudiaient pourtant tout autre chose lorsqu’elles ont lancé cette campagne de fouilles en 2015. Si Cluny fut au centre du plus important réseau de monastères de tout le Moyen Âge, un unique bras de transept a survécu du complexe de l’époque. Les archéologues veulent donc remonter la trace des bâtiments disparus.

« Nous nous intéressions à l’infirmerie, détaille Anne Flammin, un espace essentiel qui fonctionne comme un petit monastère au sein d’un plus grand monastère. Seuls les moines malades et les vieillards y étaient accueillis, avec des règles différentes du reste de l’abbaye, notamment concernant le régime alimentaire puisqu’ils avaient droit à de la viande de quadrupède. »

L’étude, par l’archéozoologue Benoît Clavel, de l’AASPE2, des restes d’os et d’arêtes enfouis permet ainsi d’établir le menu des clunisiens souffrants. Trois sondages ont été réalisés à l’emplacement de la grande salle de l’infirmerie, indiqué par un plan de 1700.
 

Lieu des fouilles à l’Abbaye de Cluny (Saône-et-Loire). Les chercheurs s’intéressaient au départ à l'infirmerie du bâtiment, avant de tomber sur le trésor.
Lieu des fouilles à l’Abbaye de Cluny (Saône-et-Loire). Les chercheurs s’intéressaient au départ à l'infirmerie du bâtiment, avant de tomber sur le trésor.

Une découverte fortuite

Pour atteindre plus rapidement la profondeur qui les intéresse, les archéologues enlèvent souvent les premières couches de terre à la pelle mécanique.

Les plus grosses découvertes de deniers de Cluny représentaient jusque-là au maximum une dizaine de pièces à la fois.

C’est lors de cette opération qu’une étudiante de master3 a vu une pièce dépasser de la stratigraphieFermerLa section verticale d’un site où l’on peut voit la succession des couches archéologiques.. Par chance, la pelle n’a fait que frôler le butin sans l’abîmer. « On a tout arrêté pour fouiller à la main », poursuit Anne Flammin, afin de tout extraire et documenter avant la tombée de la nuit.

Impossible en effet de laisser un tel butin à l’air libre. Le trésor tenait dans un sac en tissu rempli de plus de 2 200 deniers et oboles d’argent, pour la plupart émis par l’abbaye dans la première moitié du XIIe siècle. En guise de comparaison, « les plus grosses découvertes de deniers de Cluny représentaient jusque-là au maximum une dizaine de pièces à la fois », selon l’ingénieure au CNRS.

Plus de 2200 deniers et oboles en argent ont été trouvés, émis en grande partie par l’Abbaye de Cluny et datant probablement de la première moitié du XIIe siècle.
Plus de 2200 deniers et oboles en argent ont été trouvés, émis en grande partie par l’Abbaye de Cluny et datant probablement de la première moitié du XIIe siècle.

Au milieu de ces pièces, une peau tannée contenait les éléments les plus prestigieux : 21 dinars musulmans en or, un anneau sigillaire en or, une feuille d’or pliée de 24 grammes et un petit objet en or en forme de bouton. Les dinars d’or ont été frappés de 1121 à 1131 en Espagne et au Maroc, dans des espaces contrôlés par la dynastie berbère des Almoravides.

Un butin chargé de mystère

Quel montant pouvait bien représenter un tel trésor  ? Les ordres de grandeur sont souvent difficiles à établir avec autant de siècles d’écart. Vincent Borrel, doctorant à l’Aoroc4 a été chargé d’étudier les monnaies et estime que « le trésor devait permettre de se payer entre trois et huit chevaux, l’équivalent d’autant de voitures aujourd’hui. La somme est donc assez élevée pour un individu, mais loin d’être énorme à l’échelle de l’abbaye, puisqu’elle représenterait seulement une semaine d’approvisionnement des moines en vin et en grains ».
 

Il n’y a tout simplement pas d’émission de monnaies d’or chrétiennes avant que Florence ne batte ses florins en 1252.

L’ordre de Cluny essaimait alors en effet des prieurés dans tout le monde occidental médiéval. Par un réseau complexe d’échanges à travers l’Europe, les importantes possessions de Cluny faisaient remonter leurs revenus jusqu’à la maison mère, autorisée à frapper sa propre monnaie depuis le XIe siècle.

Si cela explique la présence des deniers d’argent, les pièces d’or étaient beaucoup plus rares à l’époque. « Il n’y a tout simplement pas d’émission de monnaies d’or chrétiennes avant que Florence ne batte ses florins en 1252 », précise Vincent Borrel.

Les 21 pièces d’or de Cluny provenaient de la vaste Andalousie musulmane, tandis que les chrétiens avaient reconquis environ la moitié de l’Espagne. L’ordre de Cluny possédait d’ailleurs des prieurés dans la partie chrétienne, et l’un d’eux aurait pu acheminer les dinars après des échanges avec des Andalous. La piste d’un don direct des Rois Catholiques d’Espagne est également considérée.

Cette feuille d’or pliée, ces dinars d’or et cet anneau sigillaire de grande valeur étaient enveloppés dans une peau tannée et nouée.
Cette feuille d’or pliée, ces dinars d’or et cet anneau sigillaire de grande valeur étaient enveloppés dans une peau tannée et nouée.

Malgré le nombre et l’évaluation de ces pièces, l’objet le plus précieux du trésor demeure l’anneau sigillaire. Si la bague en elle-même semble dater du XIIe siècle, le petit portrait de dieu antique qui lui sert d’intaille remonte à l’Empire romain. Un tel bijou valait plus que tout le reste du butin réuni. Difficile cependant de retracer son cheminement à travers les siècles, et de savoir si l’anneau était privé ou s’il possédait une fonction officielle.

De très nombreuses questions restent d’ailleurs ouvertes : qui a bien pu cacher ce butin, et pourquoi ? « Un religieux a peut-être voulu enfouir son pécule, avance prudemment Anne Flammin. Le lieu de la découverte pourrait aussi être lié au cellérier, le moine qui gérait les dépenses alimentaires du monastère. »

Les chercheurs sont au moins certains de leur chance. « Le trésor a été trouvé juste en dessous du sol médiéval, qui a été démoli et enlevé au XVIIIe afin de construire la nouvelle abbaye, détaille Anne Flammin. Les fouilles montrent que les ouvriers avaient arrêté de creuser à seulement dix centimètres de la cache. »

 
Notes
  • 1. Laboratoire Archéologie et archéométrie (CNRS/Université Lumière Lyon 2/Université Claude Bernard Lyon 1/Ministère de la Culture/Inrap).
  • 2. Laboratoire Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements (CNRS/MNHN/Inrap).
  • 3. Les étudiants participant aux fouilles viennent du master archéologie-sciences pour l’archéologie de l’université Lumière Lyon 2.
  • 4. Laboratoire Archéologie et philologie d’Orient et d’Occident (CNRS/ENS Paris/EPHE).
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Auteur

Martin Koppe

Diplômé de l’École supérieure de journalisme de Lille, Martin Koppe a notamment travaillé pour les Dossiers d’archéologie, Science et Vie Junior et La Recherche, ainsi que pour le site Maxisciences.com. Il est également diplômé en histoire de l’art, en archéométrie et en épistémologie.

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